I» pars, q. XIII, art
2. I» pars, q. CIV, art. 1; q. XIII, art. 5, ad lm; q. X, De Veritate, art. 13, ad 3«; q. VII, De Pot., art. 7, ad T-.
cède à l'être. M lis n'y a-t-il pas, même chez les -vivants, de générations procédant des activités générales, sans nulle intervention au. semblable, c'est-à-dire sans semen, le semen représentant la vertu de l'espèce? Saint Thomas le pensa avec son temps, croyant tenir de l'expérience que les animaux « imparfaits », c'est-à-dire ceux dont l'organisation ne suppose pas de conditions très complexes, peuvent être extraits d'une matière dûment disposée, par les influences astrales dont la chaleur de fermentation était le signe. La variété des espèces ainsi engendrées tenait alors à la diversité des dispositions matérielles1.
Avicenne était allé plus loin 2 ; il soutenait que tout ce qui est engendré par semence peut l'être sans semence, par mixtion, sous l'influence des causes supérieures. Saint Thomas le combat au nom de l'expérience3, mais d'ailleurs avec précautions. « Les animaux parfaits, dit-il, ne semblent pas pouvoir être engendrés autrement que par le moyen d'une semence » ; car la nature ayant des moyens d'action déterminés pour toutes ses œuvres, ce qu'on ne la voit point faire, c'est que sans doute elle ne le peut. Ornons ne voyons pas que les animaux très différenciés s'engendrent sans semence. Cette façon de devenir est le fait des espèces inférieures, «peu différentes des plantes ».
Saint Thomas croyait, en effet, que sous l'influence solaire, une terre « disposée ad hoc » peut produire des plantes sans semence4. Pourtant, ajoutait-il, lesplantes ainsi engendrées portent semence, et engendrent désormais leur semblable, de sorte que le procédé ex semine se montre le plus naturel, l'autre s'y ajoutant subsidiairement, en raison de la facilité avec laquelle sont produits certains êtres.
De même, dit-il, dans les choses artificielles, il en est qui
1. PIF, q. LX, art. 1; I* pars, q. CV, art. 1, ad lra-, q. XC1, art. 2, ad 2™.
2. De Anima., part IV, cap. v; part V, cap. vii : De Animations, 1. XV, cap. i.
3. 1" pars, q. LXXI, art. 1. ad lm; In VII Met., lect. vi; q. XVI De Halo, art. 9.
4. In VII Met., lect. vi, et II Sent., dist. XV, q. I, art. 1, ad 2m.
peuvent être produites autrement que par Fart, d'autres que l'art seul peut produire, parce qu'elles requièrent des conditions plus nombreuses. De même encore, dans un appartement où le feu flambe, on peut se chauffer de loin; mais si l'on veut allumer un autre feu, cela ne se peut plus à distance ; il faut une chandelle ou autre chose pour prolonger l'action du premier feu jusqu'à sa matière lointaine *.
Toujours est-il que dans les limites assignées par ce qu'on croyait alors l'expérience, saint Thomas admet les générations dues à des influences générales. Il croit possible dans les mêmes conditions l'apparition d'espèces nouvelles, et non pas seulement dans le cas de la fermentation, mais en thèse générale 2. Le cas du mulet représentait à ses yeux un cas intermédiaire entre la génération par le semblable et l'effort de nature créateur de nouvelles espèces. Le mulet représente pour lui une espèce, qui pour autant qu'elle participe des générateurs se rapporte à lagénération univoque, et pour autant qu'elle s'en écarte, rentre dans les actions générales qui impriment dans la matière les formes dont elle est susceptible3. Saint Thomas remarque cependant que le mulet n'engendre pas4; qu'il représente une déviation plutôt qu'une forme de vie authentique, et c'est pourquoi il refuse d'y voir une idée de nature à inscrire parmi les autres, dans le catalogue des formes5.
On devine qu'une telle philosophie est tout ouverte au transformisme: pour le jour où le transformisme sera devenu , scientifiquement, autre chose qu'une hypothèse. Tout ce qui en sépare saint Thomas, c'est une conception de l'ordre universel qui donne trop à ce qui est, dans l'impuissance d'envisager les larges espaces où se révélerait ce qui a pu ou pourra être. La paléontologie, d'autres sciences encore aideraient aujourd'hui saint Thomas à corriger l'étroitesse de