De Fato, art
204 SAINT THOMAS d'aQUIN.
colère que l'incontinence jouisseuse. La première utilise une règle dépravée, mais l'autre agit sans règle1.
Les divers mouvements de l'appétit sensitif ont reçu le nom de passions. Celles qui se rapportent au concupiscible sont : Y amour, ou inclination au bien appréhendé pris comme bien, sans autre caractéristique; la haine, qui est son contraire; le désir, inclination au bien absent, mais attendu; la fuite, son contraire; la joie, repos dans le bien possédé ou regardé comme possédé ; la tristesse, dépression de l'âme sous l'action du mal contraire. À l'égard de Y irascible, cinq passions marquent les divers mouvements de l'âme : V espérance, tendance au bien absent, difficile à acquérir, mais possible; le désespoir, relatif à l'impossible; Y audace t suggérée par un mal redoutable et imminent, mais non invincible; la colère, inclination véhémente à venger un mal subi en nuisant à qui le cause.
Ces affections de l'âme sont étudiées par saint Thomas avec une puissance d'attention et une richesse de pensée surprenantes. Le traité des passions, dans la Somme théologique-, est, pour ceux qui le peuvent aborder, une mine inépuisable ; le traité des vertus3 en reprend les notions et les applique avec un sens psychologique et moral trop peu remarqué. Tous nos mouvements intérieurs, avec leurs sources et leurs effets, leurs contre-coups, leurs retours, sont notés là et mis en rapport. La sagacité d'Aristote et les puissantes réflexions des Pères de l'Église ont été mises à contribution; mais le premier est largement dépassé; les autres sont dominés par une force de coordination qu'aucun d'eux n'eut au même degré. Je ne puis que renvoyer à ces longs détails. Les fréquenter, ce serait apprendre beaucoup, et, peut-être, se familiariser plus facilement — les voyant appliquées à une matière concrète —
1. Q. XXV, De Verit, art. 2; De Malo, q. VIII, art. 3; I» pars, q. LXXXI, art. 2; III, dist., q. I, art. 2.