I» II", q. X, art
quelque être incarnait à nos yeux tous les attributs de la béatitude, la volonté s'y porterait naturellement, comme la pierre au centre du globe. Tel serait le cas de Dieu intuitivement vu. A son égard, la volonté ne serait plus volonté, c'est-à-dire principe de choix, elle serait nature, et elle se porterait vers cet objet par un acte antérieur et supérieur à tout choix1.
Enfin, quand nous parlons de volonté, il faut bien se souvenir que nous ne parlons pas d'un être, mais d'un pouvoir, et que ce pouvoir n'est pas fait pour soi, mais pour l'homme. L'homme intégral; l'homme quant à chacune des fonctions dont la fonction appelée volonté est comme le ressort principal : tel est l'objet qu'a en vue la nature. Il s'ensuit que l'homme veut naturellement non seulement l'objet de la volonté considérée comme puissance particulière, mais les objets des autres facultés : telles la connaissance de la vérité, la vie, la santé, etc., toutes choses qui confèrent à notre intégrité naturelle. Il faut seulement remarquer que ce dernier genre d'objets, bien que nécessairement suggérés à la volonté, ne sont pas nécessairement embrassés par elle ; car leurs contraires peuvent entrer accidentellement sous la raison de béatitude, soit réellement, soit par le fait d'une erreur.
A la première catégorie appartient le cas de « ceux qui vont se pendre » ; à la seconde, le cas du conscrit qui se mutile ou de l'enfant qui, pour éviter lapeine, choisirait volontiers de ne rien savoir. Il en est alors comme des agents de la nature, qui, d'une certaine manière, réussissent toujours leur travail, puisqu'ils agissent et réagissent infailliblement selon les lois de leur substance ; mais qui ne réalisent pourtant pas toujours leur finalité immédiate, à cause de l'accident, qui les guette2.
Dans l'article de la Somme auquel est empruntée cette doctrine, saint Thomas introduit une notion qui jette le