Q. XXIV, De Verit., art. 1, med
liberté est posée dans la raison, et que, comme on est à la raison, ainsi l'on est au libre arbitre1. »
On voit nettement, dans ces passages, où gît, pour saint Thomas, et où ne git point le libre arbitre. L'homme n'est pas libre en ce sens qu'il pourrait décider le contraire de ce qu'il juge finalement lui être bon : un tel pouvoir n'aurait plus de sens; car pour décider et vouloir, l'homme ne dispose que de sa volonté, et la volonté étant essentiellement un appétit du bien, ne fonctionne jamais que grâce à un jugement de convenance. « L'appétit suit la connaissance, » dit sans cesse notre auteur, et il en donne cette raisou générale que l'appétit, effort de réalisation de la l'orme, tendance au bien extérieur sous la pression du bien immanent qui le représente, dépend, par nature même, de la connaissance, qui introduit en nous la forme2.
Parlant en psychologue, il dira : « L'appétit suit la connaissance, attendu qu'il n'y a d'appétit que du bien, et que le bien est proposé par la puissance cognitive. Que si parfois l'appétit semble ne- pas suivre la connaissance, c'est que l'appétit en question et le jugement de connaissance qu'on lui compare ne sont pas relatifs au même objet. L'appétit s'adresse au particulier opérable; le jugement de la raison est quelquefois relatif à une vérité universelle, qui peut être contraire à l'appétit. Mais le jugement relatif à tel acte particulier hic et mine opérable ne peut jamais être contraire à l'appétit. Ainsi, celui qui veut forniquer, bien qu'il sache en général que la fornication est un mal, juge cependant que, pour lui et actuellement, il est bon de forniquer, et c'est sous cette couleur de bien qu'il y adhère. Nul, en effet, n'agit comme tendant au mal, ainsi que le dit Denys 3. »