‹ S. Thomas d'AquinChapitre 175 sur 256 · Q. XXVI, De YeriL, art. 3, ad · texte numérisé non relu

Q. XXVI, De YeriL, art. 3, ad

6. Ibid., corp. artic. La conception thomiste du composé humain se fait

Nous voici donc rejetés au déterminisme. Il n'y a pas plus de liberté d'exécution, après l'ultime détermination de l'appétit, qu'il n'y a de liberté de l'appétit, après l'ultime détermination du jugement; il y en a encore moins. De sorte que pour trouver le libre arbitre, il faut rétrograder. Jusqu'où? — Il en est qui diraient : Jusqu'au simple vouloir, de telle sorte que tout ce qui serait volontaire, parce qu'il serait volontaire, serait libre. D'autres iraient plus loin encore, jusqu'à la spontanéité naturelle, et ils appelleraient libre ce qui sort spontanément de nous, parce que précisément il en sort. Pour saint Thomas, on vient de voir combien ces thèses sont inacceptables. A ses yeux, les corps bruts agissent spontanément, les animaux volontairement en un sens, et ils ne sont pas libres. Ce n'est pas que l'animal ait proprement une volonté (appétit rationnel) : il n'a qu'un appétit sensitîf ; mais si cela fait une différence quant au sujet de l'action, cela n'en fait pas nécessairement quant au mode. L'homme peut vouloir, avec son appétit rationnel, comme l'animal veut avec son appétit sensitif, et d'une façon aussi fatale. C'est ce qui a lieu à l'égard de la lin dernière.

Nous sommes donc ici entre deux extrêmes, et la ques-

voir ici une fois de plus d'une façon très frappante. Si l'âme et le corps sont une unité substantielle, et si les éléments assimilés pour sa formation et sa nutrition ont perdu leur autonomie pour être englobés dans une existence une, il est naturel que toute action transformant la substance humaine sur un point ait son contre-coup sur les autres selon la loi intime qui régit cette substance. Si la connaissance est en éveil et l'appétit en fonction, il est simple que, de soi, et sans nulle intervention du dehors, les puissances executives déclenchent. Il y a là une modification intrasubstantielle, résultant d'une sorte d'harmonie préétablie. Et c'est une motion si l'on veut, mais immanente; on dirait mieux : la manifestation d'une loi de solidarité fonctionnelle. Par la connaissance, l'ame devient autre; par le jugement autonome et la Tolonté, elle-même se fait autre : il va de soi que de cet autre elle acquière les propriétés, elle exerce les finalités. D'où : orientation nouvelle des éléments intérieurs ; d'où : mouvement, sans que le principe de la conservation de l'énergie soit en cause, et sans que le dehors intervienne, si ce n'est en tant qu'assimilé et enveloppé par la loi interne. On voit qu'il y a loin de celte théorie à celle de la conscience épiphénomène!

Toutefois, il faut maintenir que si la direction vitale est ainsi influencée par le vouloir spirituel, extra temporel, l'exécution demeure confiée aux forces élémentaires. Cf. II Sent., dist., XV, q. I, art. 3, ad 3m.

218 SAINT THOMAS d'aQUIN.

tion de la liberté se pose, pour saint Thomas, au moment précis où notre jugement de choix se détermine. Cette détermination est-elle fatale, c'est-à-dire déterminée ellemême dans des causes étrangères à notre vouloir, ou bien est-elle en notre puissance, et, pour qu'elle soit en notre puissance, tombc-t-elle sous notre jugement : c'est pour notre auteur tout le problème. « Si le jugement delà puissance cognitive n'est pas en la puissance du sujet, mais s'il est déterminé d'autre part, l'appéiit non plus ne sera pas en sa puissance, et, par suite, ni le mouvement ni l'opération elle-même1. » Dans le cas contraire, ce sera le contraire. Et nous voici amenés à nous demander : L'homme est-ii ou n'est-il pas maître de son jugement pratique?

Saint Thomas répond : Il l'est. La raison qu'il en donne varie parfois quant à sa forme ; elle est, au fond, toujours la même. Nous l'avons rencontrée déjà. C'est que la raison <( réfléchit sur son acte ; connaît les relations de ce qu'elle juge et de ce par quoi elle juge ». — « L'homme jugeant selon la raison de ce qu'il doit faire, peut juger de son arbitre même (de son jugement même) en ce qu'il connaît la raison de fin et de moyen, et la relation de l'un à l'autre. C'est pour cela qu'il est cause de soi non seulement quant au mouvoir, mais aussi quant au juger; c'est pour cela qu'il est de libre arbitre, comme si l'on disait de libre jugement, pour agir ou pour s'abstenir2. »

La réflexion est ici la condition première, parce que, pour se mouvoir au jugement, il faut le juger, et que, pour juger le jugement, il faut le connaître. Or cela est proprement réflexion, c'est-à-dire retour de la raison sur ellemême, en vue de juger son acte. La seconde condition, c'est d'avoir une norme, avec la faculté de lui comparer ce qu'on juge. « La forme de connaissance est principe moteur en tant qu'elle représente l'objet sous la raison de bien ou de convenable. L'action extérieure, en effet, chez

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