‹ S. Thomas d'AquinChapitre 178 sur 256 · Q. VI, De Malo, art. un · texte numérisé non relu

Q. VI, De Malo, art. un

2. On pourrait comparer aussi bien l'homme en tant qu'animal avec l'homme en tant que doué de raison. L'introspection apporterait alors ses lumières. Nous savons bien que parfois nous jugeons de nos actions, et que parfois nous agissons sous la pure pression du sensible.

222 salyt tiiomas d'aquin.

leur appétit aussi est déterminé, et leur action est fatale1.

L'homme, au contraire, peut échapper au déterminisme de l'appétit en recourant à sa norme. Comparant ce qu'il allait vouloir à ce qu'il veut tout au fond, le bien; distinguant, dans l'objet proposé, le désirable iappetibilé) et la raison de le désirer [ratio appetendi) qui est le bien en son absolu, il pourra être amené à juger que tel désirable incarne moins qu'un autre la raison commune qui donne valeur à l'un et à l'autre, et à le lui préférer dans le jugement pratique, donc aussi pour le vouloir et pour l'action.

Telle est, pour saint Thomas, la source du libre arbitre. Il le répète sans cesse : « Totius libertatis radix est in ratione constitiita 2 ». — « Pro tanto necesse est quod homo sit liberi arbitrii ex hoc ipso quod rationalis est 3. » De même que nous ne reflétons point passivement le monde, ainsi nous ne répercutons point passivement ses actions. Si nous n'étions, intellectuellement, qu'un miroir, nous ne serions, activement, qu'un pouvoir réflexe. Le jugement jugé et accepté pose en nous de l'être autonome, et, d'après ce principe général qu'on tend et qu'on agit selon ce qu'on est, le libre jugement doit donner lieu à une libre action, par une libre tendance.

Que si d'ailleurs l'homme est libre en ce qu'il participe l'intelligence, ce n'est pas une raison pour dire que ce qui est libre, en lui, c'est l'intelligence. Autre chose est le sujet de la liberté, autre chose est sa source. Ce qui est libre, en nous, c'est nous, d'abord, et l'on verra qu'il ne faut pas insister à distinguer ici les pouvoirs de l'âme ; mais si on les distingue, ce qui est libre, en nous, c'est le vouloir, car le choix [electio) qui est l'acte propre de la liberté, est essentiellement un vouloir. Seulement, ce vouloir est libre en ce qu'il est afférent à un jugement qui se juge lui-même, c'està-dire au jugement d'une intelligence. « La racine de la

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