la pars, q. LXXXIII, art
liberté est la volonté comme sujet; mais, comme cause, la raison. Si, en effet, la volonté peut librement se porter sur divers objets, c'est que la raison peut avoir du bien des conceptions diverses1. » On ne saurait mieux insister sur cette affirmation que l'appétit suit invariablement la connaissance, et naviguer plus près de Platon ou de Socrate.
Des différences capitales vont pourtant se faire jour quand on demandera, continuant l'analyse du syllogisme prudentiel : Sous quelle influence l'homme, libre de son jugement, va-t-il l'appliquer en chaque occurrence? Possédant la norme du bien; pouvant juger par elle de la valeur relative des biens participés qui se proposent, l'homme peut, disait-on, accorder librement la prééminence à l'un ou à l'autre des jugements de valeur qui prétendent à régir son acte. Mais bien évidemment, ce n'est pas au hasard, que va se décider cette option. Quelle raison y préside, et sous l'empire qu'elle va exercer sur nos choix, retrouverons-nous le libre arbitre?
11 est clair, en effçt, qu'en disant : L'homme est libre parce qu'il peut déterminer lui-même le jugement qui le jette à l'acte, on aurait pu ne faire que reculer la difficulté. Compliquer le déterminisme, ce ne serait pas le faire disparaître. Si l'homme juge de son jugement sous une influence qui échappe à son jugement, saint Thomas devra dire, au nom de ses principes : Il n'est pas libre. Et si cette influence est jugée, on suppose donc un troisième jugement, qui en supposera un quatrième, et ainsi de suite.
C'est sous la pression de cette difficulté que les partisans de la liberté d'indifférence s'arrêtent au premier stade, et disent : L'homme est libre, non pas précisément parce qu'il peut juger de son jugement : cet acte réfléchi ou jugement en partie double n'est pas nécessaire; mais parce que, simplement, son dernier jugement pratique étant relatif à