Cf. supra, 1. IV, ch. i, A. b
qu'il s'agisse de la volonté ou de l'intelligence, vient toujours de l'intelligence, car c'est elle qui appréhende le vrai, qui la meut elle-même, et c'est elle aussi qui appréhende le bien, qui détermine le mouvement du vouloir1. Si, au contraire, nous considérons le mouvement des puissances de l'àme du côté du sujet, et quant à l'exercice de l'acte, alors, le principe de la motion vient de la volonté, parce que c'est l'appétit du bien qui nous porte à tout acte, fût-ce même à l'acte de connaître; de sorte que, sous ce rapport, la pensée elle-même, tout comme nos actes particuliers de vouloir, dépend de notre vouloir2. Toujours, en effet, le pouvoir relatif à la fin principale meut à l'acte le pouvoir relatif à ce qui s'y ordonne : ainsi l'art militaire porte à agir l'art qui fabrique les mors. De cette façon donc, à savoir quant à l'exercice, c'est la volonté qui se meut ellemême et qui meut en nous les autres puissances3 ».
« Il faut remarquer, en effet, qu'aux puissances supérieures de l'âme, en tant qu'elles sont immatérielles, il ap-
1. On vient de voir que le bien même, en tant qu'appréhendé, est un certain vrai. Il a donc raison de forme. Il est ratio agendi in ar/ente, comme la chaleur dans le feu. Il faut redire sans cesse que. pour saint Thomas, la forme de connaissance introduite en nous y donne lieu à des propriétés nouvelles, qui sont au connaissant ce que sont au corps brut ses propriétés naturelles.
2. On voit ici la contre-partie de ce que nous disions à l'instant. Le bien, en tant qu'appréhendé, est un certain vrai, et, à ce titre, il a en nous raison de forme d'agir. Mais en soi, le bien, ou si l'on veut la chose qui est le bien, fûtrce môme l'appréhension, est une fin, et non plus une forme d'agir. D'où l'adage fameux issu d'Averroès : « Balneum in anima movet desiderium ; extra animam autem est finis. » La (in est motrice ; mais par l'agent, en tant qu'elle meut l'agent, et, pour le mouvoir, il faut qu'elle soit en lui en tant que forme. Comme ce ne peut pas être en tant que forme naturelle, puisque, sous ce rapport, la fin est obtenue par l'action, loin qu'elle en soit le principe, il faut que ce soit comme « intention », c'est-à-dire en cet état second qui fait que la forme d'existence d'un sujet peut devenir forme d'un autre, en actuant sa puissance de connaître. On pourrait tirer de là que tout ce qui agit en vue d'une fin — et c'est le cas de tout agent — est connaissant ou instrument d'un connaissant. Ce serait la preuve même de l'existence de Dieu (5e voie). Quoi qu'il en soit, il ressort de ces explications que l'agent connaissant agit par le vrai ou par le bien en tant qu'il est un vrai, en vue du bien ou en vue du vrai en tant qu'il est un bien.
Pour cette métaphysique profonde et subtile. Cf. q. XXII, De Verit., art. 12.