I1 II", q. IX, art
LE LIBRE ARBITRE. 23i
vant en puissance. Et dans cette collaboration subordonnée, l'intellect donne de voir, mais la volonté donne d'agir. C'est l'aveugle qui utilise la vue du paralytique pour marcher et le faire marcher lui-même.
Évidemment, par cela même qu'elle utilise l'intelligence, la volonté en dépend, comme on dépend de ce qu'on utilise ; mais cette dépendance, qu'il faudra préciser, n'est toujours pas une dépendance d'exercice. Le paralytique, en regardant, influe sur la direction de la marche; mais il ne marche ni à proprement parler ne fait marcher. La motion réciproque observée ici n'a donc rien qui puisse étonner, et elle étonnera d'autant moins si l'on considère qu'il ne s'agit pas de deux êtres, mais de deux pouvoirs d'un sujet unique. « L'homme, parce qu'il comprend que la potion est bonne à prendre, la veut ; mais c'est parce qu'il veut d'abord la santé que, appliquant son intelligence, il arrive à penser que la potion est bonne à prendre » '.
Il est certain que dans ces actes d'exercice volontaire et de conseil voulu qui se conditionnent l'un l'autre, il faut prévoir un arrêt. Puisque la volonté ultime considérée est précédée du conseil, lequel procède de la volonté du conseil, celui-ci procédant de la volonté d'une fin qui est ellemême le moyen délibéré d'une volonté antérieure, et ainsi de suite; puisque d'ailleurs on ne peut aller à l'infini dans le conditionnement, il faut arriver à un premier vouloir qui procède d'autre chose que de la volonté délibérante et autonome. Ce vouloir premier ne peut sortir que du fond dernier de notre activité naturelle, telle qu'elle nous est donnée à l'heure éternelle où l'homme est « remis aux mains de son propre conseil ». De là cette thèse fameuse, au fond si simple, que dans le premier acte de chaque série volontaire, la volonté est mue par Dieu, ce qui signifie que, dans cet acte, elle ne se comporte pas précisément comme volonté, c'est-à-dire à la façon d'un pouvoir autonome, mais