D. — LA DÉTERMINATION DU VOULOIR
On a donc dit d'une part : La volonté se meut elle-même et meut les autres pouvoirs de l'âme — donc l'intelligence — quant à l'exercice des actes; et, d'autre part, l'intelligence se meut elle-même et meut les autres pouvoirs de l'âme — donc la volonté — quant à la spécification de ces mêmes actes1. C'est cette seconde racine du mouvement volontaire qu'il s'agit de sonder.
1. II s'agit toujours, bien entendu, des actes auxquels l'homme se meut lui-même, et non de ceux qui sont en lui un travail de la nature et des influences générales.
238 SAINT THOMAS d'aQUIN.
Pour y réussir, il n'est pas nécessaire d'insister sur le fonctionnement de l'intelligence dans son ordre propre. On dira seulement, pour prendre la question à sod point de départ, que, dans l'ordre scientifique, l'intelligence se meut elle-même par la démonstration. Se trouvant en acte d'une vérité, conclusion ou axiome, elle passe, inductivement ou déductivement, de cet acte premier à un acte ultérieur, par l'intermédiaire d'un moyen terme. « Les principes, en effet, sont aux conclusions démontrées ce que sont à leurs effets les causes actives de la nature1. » Comme donc tout ce qui est peut produire un effet, ainsi tout ce qui est connu peut amener à connaître autre chose, à condition qu'entre ce qui est connu et ce qui est à connaître, il y ait un terme commun, qui est le moyen terme.
Et si le lien apparaît rigoureux entre le moyen terme et les deux autres, l'adhésion de l'esprit est fatale. On pourra bien ruser avec soi-même, et essayer de croire qu'on ne croit point : au fond, l'on croit, c'est-à-dire que l'intelligence est déterminée en son attitude propre2.
Mais si le moyen terme n'est relié aux extrêmes que par un lien dont la force apparaît discutable, la conclusion ne s'impose point, et l'intelligence demeure, de soi, indéterminée. Si elle se fixe, on ne pourra l'expliquer que par une intervention de l'appétit, en ce que l'assentiment, qui ne parait pas s'imposer au nom du vrai, peut paraître s'imposer au nom du bien. On a dit, en effet, que le vrai, lui aussi, est un certain bien, en tant qu'il constitue une richesse d'âme et qu'il peut en préparer d'autres. Il n'est donc pas étonnant que du bien au vrai, une certaine substitution de valeurs puisse se produire. Jugeant, par réflexion, que nous ne sommes pas de pures machines intellectuelles, nous pouvons, en vertu d'un certain choix (per quamdam electionem), adhérer par volonté à un vrai