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boitées l'une dans l'autre et se précisant l'une par l'autre ne rejoindront jamais le réel, parce que le réel est individu, et qu'entre l'abstrait et l'individuel il y a un abîme infranchissable. La forme et la matière sont, comme telles, à un infini de distance. Le sujet les rejoint; mais lui seul ace pouvoir. La forme, par elle-même, cherchant à se préciser en sujet, ne le peut pas. Aussi a-t-on refusé, plus haut, d'attribuer l'individu ation à une collection de propriétés ou qualités qui ne feraient plus de chaque sujet et de toute la nature qu'un abstrait1.
Cette conclusion ne vaut pas moins en psychologie ou en métaphysique de l'âme. Des conseils généraux qui se précisent ne peuvent jamais se préciser assez pour être la lumière du réel; pour diriger vraiment la 'pratique. Ce qui vaut pour deux cas ne suffit réellement à aucun. Or, l'abstrait, quelque précis qu'il soit, vaut pour une infinité de cas semblables. Il est donc impuissant à régir le fait : il n'est qu'un droit, et du droit au fait, il y a tout l'infini que l'individualité enveloppe.
C'est ce que veut exprimer saint Thomas, quand il distingue entre intimer un ordre abstraitement, dans l'absolu {absolutè) et l'intimer effectivement (movendo). Et il conclut que les ordres de la raison, en nous, sont de ce second genre2. Ils doivent être relatifs non pas seulement aux cas de conscience que pose notre action, mais principalement à ceci que ces cas nous concernent; nous, dis-je, en notre individualité même, et dans l'individualité de notre acte présent, relativement à notre objet présent {hic et nune). En d'autres termes, ce que le jugement pratique doit contenir, c'est l'action même où le sujet et l'objet s'unissent, et non pas uniquement son expression intellectuelle, puisque, à vrai dire, il n'y a pas, il ne peut pas y avoir d'expression intellectuelle adéquate d'un sujet, et pas davantage d'expression intellectuelle adéquate d'un objet réel, ni par