‹ S. Thomas d'AquinChapitre 194 sur 256 · Cf. supra, t. I, 1. I, ch. m, C · texte numérisé non relu

Cf. supra, t. I, 1. I, ch. m, C

2 1» II", q. XVII, art. 1.

conséquent d'expression intellectuelle adéquate d'une action, sujet, objet et action enveloppant toujours un élément irréductible à la pensée pure.

Le jugement pratique, dit un commentateur, est relatif à l'objet ultimement déterminé, rapporté au sujet ultimement déterminé (objecti vestiti relati ad subjectum vestitum). Ce « vêtement » déterminateur, qui caractérise ultimement le sujet et l'objet du jugement pratique, n'est pas une enveloppe d'abstractions, si précise en sa coupe et si étroitement serrée qu'on la suppose. Ce vêtement-là est une tunique de Déjanire; il adhère au sujet en tant que sujet, à l'objet en tant que réel et individuel; il est le sujet et l'objet mêmes en leur synthèse réelle, selon que cette réalité est comptable de la raison, notre lumière.

Il n'est pas étonnant que la lumière qui est en nous, et qui est nous, atteigne, en nous, même le fond obscur de l'individualité où s'abrite le mystère de l'être. Et nous savons aussi que par les sens, qui en sont le prolongement naturel, la raison atteint le réel en son individualité intime. Si la raison atteint le réel, en nous ou en dehors de nous, ce n'est pas en tant que raison, c'est en tant que liée aux sens1. De même, si la raison atteint en nous le sujet comme tel, pour le régir, ce n'est pas en tant que raison, c'est en tant que cette lumière de l'âme se trouve être précisément lumière de Y âme, c'est-à-dire d'un sujet qui n'est pas seulement doué de raison, mais de volonté; d'un sujet automoteur. A cause de cela, le jugement ultimement pratique prend une valeur motrice. Il ne consiste pas en connais-

1. Cf. supra, 1. V, ch. iv, F. Il est utile, peut-être, de rappeler, ici même, que cette conclusion est imposée non par la nature de l'intelligence comme telle, mais par la nature déficiente de la raison humaine, qui ne dispose, comme moyen, que de l'abstraction, et qui, par là, s'éloigne du réel, étant obligée de le dépouiller, pour s'y prendre.

Il faut se souvenir aussi que même la réalité intérieure, qui est esprit : tel un acte de volonté que nous délibérons, n'est connu de nous, en sa singularité, qu'indirectement, par les phantasmata, c'est-à-din» par le sentiment intérieur de ses conditions sensibles. 11 n'y a pas d'intuition intellectuelle, même interne. Il n'y a pas d'introspection spirituelle.

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sance pure, mais en application de la connaissance à l'amour (in applicatione cognitionis ad affectionemY . Sa vérité ne se juge point par conformité à ce qui est [non per conformitatem ad rem) mais par conformité à la volonté qui utilise sa règle (per conformitatem ad appetitum rectum'2.) C'est de lui surtout qu'il convient de dire ce que disait saint Thomas de tout jugement, à savoir qu'il implique une énergie créatrice d'action, et non pas seulement une passivité de miroir3. Uimperium — c'est le nom de ce jugement actif dans le thomisme — est imbibé de vouloir; est donc sous la dépendance du vouloir4.

Par où nous voyons poindre, une nouvelle fois, l'inévitable synthèse lumière-action, spécification-exercice qui sera le mot du libre arbitre. La spécification et l'exercice sont deux perspectives qui se rejoignent. Nous sommes présentement dans la première, et nous voyons au loin le bout de l'autre. Avant d'y accéder, poursuivons méthodiquement l'avenue où nous sommes.

Les jugements moteurs dont on vient de parler sont ceux que les thomistes appellent practico-pratiques. Saint Thomas les appelle aussi jugements d'élection, parce que ce sont eux qui déterminent effectivement nos choix, alors que les jugements de conscience ne font que les apprécier, les jugements de science morale les codifier, et les jugements spéculatifs leur servir — quelquefois, et plus ou moins — de base lointaine.

C'est à ces jugements-là que pense toujours notre auteur quand il dit si instamment : L'appétit suit l'intelligence. Que l'appétit suive l'intelligence, ce n'est pas à dire qu'il suive l'intelligence en tout état. Il ne la suit qu'en son état ultime d'orientation pratique, relativement aux circons-

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