‹ S. Thomas d'AquinChapitre 200 sur 256 · Cf. supra, ch. n · texte numérisé non relu

Cf. supra, ch. n

tude réalisée, de même que la béatitude en intention en était le principe [finis et forma coïncidant, nisi quod id quod est primum in intentione est ultimum in executione). Il se trouve donc que dans l'action morale, le principe de l'action a été bien employé, et que l'égalité établie dans le syllogisme pratique : Ceci = Béatitude, était exacte. L'acte moral vaut pour la béatitude et la porte. Il la porte, dis-je, en espérance. Mais qu'est-ce que l'espérance, si ce n'est une réalité que le temps conditionne? Or cette condition-là ne change rien aux valeurs morales ; car le moral implique l'absolu et le met à notre service, et l'absolu n'est plus sous la loi du temps.

Il est donc naturel, dans ce premier cas, que la volonté se porte sur un bien relatif, puisque ce relatif a valeur d'absolu. Ce qui n'est pas naturel, c'est le contraire. C'est un éternel problème de savoir comment un être qui se rattache par un lien ferme, la raison, à l'absolu du bien peut échapper aux conditions de ce bien telles que la raison les assigne1. Cependant il le peut, et puisqu'il le peut, le fait de se donner à sa règle est donc un cas de liberté à retenir. En voici venir d'autres.

« Le second motif (pour lequel la volonté peut se porter vers l'objet qui lui est offert plutôt selon une condition que selon une autre), c'est que l'homme pense à telle circonstance particulière de l'objet, et pas à telle autre. Et cela arrive le plus souvent parce que, du dedans ou du dehors,

1. Des motifs invoqués ci-dessous et toujours, par saint Thomas, pour expliquer ce mystère du mal moral, on peut conclure qu'à ses jeux, il s'explique, dans l'homme comme dans la nature, par la matière. C'est parce que nous abstrayons ,de la matière et que nous n'avons pas l'intuition de notre loi, je veux dire l'évidence intuitive de la nécessité de tels actes pour réaliser notre tin, c'est pour cela, dis-je, que notre jugement pratique s'égare. Aussi les intelligences pures ne sont-elles pas soumises à cette misère. Saint Thomas, théologien, se voit obligé de leur attribuer le péché; mais il le situe dans le surnaturel, à l'égard duquel l'esprit même est matière. A l'égard du naturel, l'ange ne peut pas pécher, parce qu'étant un intelligible intelligent (cf. supra, t. I, 1. II, ch. ni, K.), il a l'évidence de sa loi dans la vue intuitive de sa propre essence (Cf. q. XVI, De Malo, art. 3).

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une occasion de songer est offerte1. » Ce second cas nous montre l'homme livré aux circonstances, et ne possédant plus ses motifs d'action au complet. De sorte que le choix ne sera plus régie, ici, par une prééminence, mais par l'action exclusive d'un motif. C'est que, en effet, la vie de l'esprit comporte un mouvement et des apports qui modifient sans cesse les conditions particulières de la connaissance. Une circonstance nous frappe aujourd'hui qui ne nous frappait pas hier. C'est que nous avons changé, ou que la roue des événements a tourné. Y pouvions-nous quelque chose? peut-être, et il y a lieu alors à volontaire indirect2. Si nous n'y pouvions rien, et que les hasards intérieurs ou extérieurs aient seuls créé cette orientation de l'esprit, il reste à se demander si le caractère relatif de l'aspect envisagé est jugé ou non. S'il est jugé, il y aura liberté; car le sujet, recourant à sa norme, pourra « juger son jugement », et c'est la condition fondamentale du libre arbitre. Si, au contraire, l'inadvertance ou je ne sais quelle obsession involontaire voile à nos yeux le caractère relatif d'nn bien, ce bien agira comme absolu, et l'adhésion duvouloir serafatale.

11 faut se souvenir, en effet, que la volonté étant un appétit rationnel, ce n'est pas le bien en soi qui la meut, mais le bien en nous {bonum apprehensum). Quelque relatif que soit un bien, s'il entre en nous sans y revêtir cette condition, il agira comme bien, et l'appétit du bien, en nous, y cherchera sa pâture.

D'où l'illusion de ceux qui croient prendre saint Thomas en faute quand, constatant qu'il y a des mouvements de volonté naturels, nécessaires, à l'égard de biens partiels, ils en prennent occasion de contester ce postulat de toute sa thèse : « Des biens partiels laissent notre volonté dans une indifférence relative et dominatrice3. » A l'expression de ce postulat, ajoutez un mot; dites : Des biens partiels et jugés

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