‹ S. Thomas d'AquinChapitre 201 sur 256 · I* 11"% q. VI, art · texte numérisé non relu

I* 11"% q. VI, art

3. Cf. Alibeiit, La psychologie thomiste et les théories modernes, p. 320.

tels laissent notre volonté dans une indifférence dominatrice, l'objection s'écroule. Or une telle restriction est sousentendue de droit; car ce qui n'est pas jugé n'est pas objet de volonté. Dans le cas dont on parle, la précision n'est donc pas de dire : La volonté se porte sur un bien partiel; mais : La volonté se porte sur un bien, ce qui explique qu'elle se comporte là comme nature, et que la liberté ne soit pas en cause. C'est là ce qu'on appelle des mouvements indélibérés. Saint Tbomas théologien leur a fait une grande place dans sa théorie de la grâce.

Enfin, la troisième cause pour laquelle la volonté peut se porter sur un objet selon telle condition particulière plutôt que sous telle autre, c'est « la disposition du sujet. Car selon le Philosophe (lib. III, Ethic, cap. v, a med.) tel chacun est, tel lui apparaît le but à poursuivre. De là vient que, à l'égard du même objet, la volonté de l'homme en colère se meut autrement que la volonté de l'homme tranquille ; car la même chose n'est pas convenable à l'un et à l'autre, pas plus que la même nourriture à l'homme sain et à l'homme malade. Si donc la disposition en raison de laquelle telle chose paraît bonne et convenable à quelqu'un lui est naturelle et non soumise à sa volonté, ce sera par une nécessité naturelle que sa volonté le choisira : ainsi tous les hommes désirent naturellement être, vivre et comprendre. Si, au contraire, il s'agit d'une disposition non plus naturelle, mais soumise à la volonté, comme lorsqu'un homme est disposé par habitude ou par passion à ceci que tel objet particulier, en tel cas, lui paraisse un bien ou un mal, alors la volonté ne se meut pas nécessairement; car elle pourra écarter cette disposition, dételle sorte que l'objet ne lui apparaisse plus ainsi : comme lorsqu'un homme calme en soi la colère, pour ne pas juger selon la colère. Au reste, une passion est plus facile à écarter qu'une habitude ».

Ce passage d'apparence claire a besoin de multiples explications. D'autres passages les fournissent en foule.

Après donc qu'on a dit : La volonté peut se porter vers une condition particulière d'un objet en raison de la valeur de cette condition dans l'objet; ou encore : La volonté peut se porter sur cette condition en raison de l'importance qu'elle se donne dans le sujet, où elle accapare à elle seule l'attention de l'âme, il reste à invoquer la valeur que peut prendre cette condition relativement au sujet, étant donné la disposition de celui-ci lors du jugement pratique.

•Puisque, en effet, le jugement pratique exprime la convenance hic et nunc du bien appréhendé avec le sujet de l'action, il ne se peut pas que la disposition de ce sujet n'entre point en cause. « Que quelque chose paraisse bon et convenable, cela peut venir de deux parts : soit de la condition de ce qui est proposé, soit du sujet à qui l'on propose. Le convenable, en effet, implique relation, et il dépend des deux extrêmes. De là vient que le sujet autrement disposé ne reçoit pas de la même manière un objet comme convenable ou non convenable1. » C'est le sens du mot célèbre déjà cité : « Tel chacun est, tel lui apparaît le but à poursuivre. »

En pressant ce mot à fond, il semble qu'on devrait aboutir de suite au déterminisme; mais on savait déjà qu'il n'en est rien, car l'homme n'est tel, c'est-à-dire déterminé en tant qu'agent de ses choix, que d'une façon relative. Sa forme de détermination est le bien en son absolu. Or, à vrai dire, cette détermination n'en est pas une, puisqu'elle ne délimite rien, et laisse ouvertes à la volonté toutes les perspectives de l'être2. L'être sous le rapport du bien, c'est l'objet adéquat du vouloir, comme l'être sous le rapport du vrai, c'est l'objet de l'intelligence. Si donc le sujet raisonnable est conscient, et s'il use de sa norme, il ne peut pas être déterminé absolument à juger convenable un bien particulier quelconque. On ne saurait rappeler trop souvent ce point de vue fondamental de la thèse.

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