Cf. supra, 1. V, ch. i, B
Il ressort donc de la comparaison invoquée trois choses. Et tout d'abord, que l'interdépendance du jugement et de l'exercice volontaire impliqués dans l'acte du libre arbitre est naturelle autant que nécessaire. Étant donné nos solutions préliminaires; étant donné que tout acte de volonté est déterminé spécifiquement par l'intelligence; qu'inversement, toute détermination de l'intelligence en matière contingente relève du vouloir et ne relève finalement que de lui seul, il faut concevoir que l'acte de liberté est un acte mixte. C'est un acte de jugement voulu, ou un acte de vouloir jugé, intelligence et volonté se conjuguant, ici, à la façon d'un pouvoir unique ; forme et matière ne formant qu'un composé, un mixte, où les propriétés des composants se retrouvent, mais amenés à l'unité d'une synthèse.
Cet acte en partie double donne satisfaction, en tant que jugement, à la nécessité de rendre intellectuels tous nos actes d'hommes; entant que voulu, il vient au secours de l'indétermination inévitable de l'intelligence en matière pratique. L'ordre de spécification et l'ordre d'exercice, venus au-devant l'un de l'autre, se recouvrent ainsi partiellement, mais sur le terrain de la volonté. Celle-ci use de l'intelligence pour une œuvre qui dépasse l'intelligence et qui est la sienne propre : le fait. Dans l'autre sens, l'intelligence détermine la volonté à agir ou à ne pas agir, à faire ceci ou cela; mais elle y porte avec une efficacité qui vient de la volonté elle-même. L'intelligible n'est qu'un droit, réel ou apparent. Le fait, dans la nature, est donné par le sujet matière, cause de l'individu; dans l'âme, par le vouloir, que doit inclure le jugement pour atteindre à l'individualité de l'acte.
On évite par là le double écueil qui avait fait instituer toute cette recherche1. L'homme ne juge pas son jugement sous une influence qui échappe à son jugement; tout est jugé, même le choix entre les divers jugements de