‹ S. Thomas d'AquinChapitre 211 sur 256 · In Sent., loc. cit., art · texte numérisé non relu

In Sent., loc. cit., art

définitions : lïberum de ratione judiciwn1; liberum dé voluntate judicium2, en faisant remarquer soigneusement que la particule de n'indique pas la matière à laquelle le jugement s'applique, comme si l'on voulait dire que le libre arbitre est un pouvoir déjuger son jugement ou son vouloir, interprétation qui nous rejetterait à l'infini, en exigeant de nouveaux jugements et de nouvelles volontés antécédentes; elle signifie « l'origine de la liberté », en ce que nos choix sont libres pour cette raison que, doués de raison, nous pouvons juger notre jugement, et, doués d'une volonté que définit le bien abstrait, nous ne sommes entraînés par aucun jugement de valeur concernant un bien particulier, sans que la volonté y confère.

Le libre arbitre se présente ainsi comme dépendant d'une double cause ; l'une immédiate : l'indétermination foncière du vouloir; l'autre plus lointaine, mais aussi plus fondamentale : l'indétermination du jugement en matière pratique. Le jugement est comme l'âme lumineuse de l'acte, son « idée directrice » ,pour rappeler une expression célèbre. Et, comme cette idée n'a rien de nécessitant par elle-même; comme le bien qu'elle propose, dès qu'il est relatif, demeure discutable, même tout considéré, puisque aussi bien ce tout est inépuisable, ainsi qu'on l'a fait voir; et comme enfin l'être qui se meut à vouloir selon cette idée fait retour, dans son acte même, sur l'insuffisance absolue de l'idée et sur sa dépendance à l'égard du vouloir, à cause de cela cet acte est libre. On voit que la cause lointaine et dernière de cette liberté est dans la raison , qui fait ainsi retour sur son j ugement pour en juger la valeur relative ; mais la cause immédiate et prochaine est dans le vouloir, parce que c'est l'infinité du vouloir qui met toute détermination du jugement actif sous sa dépendance. « La racine de la liberté est la volonté comme sujet, et la raison comme cause 3. »

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