I» II— q. XVII, art. l,ad
266 SAINT THOMAS d'aQUIX.
Par où se révèle ce qu'il y avait de vérité dans l'opinion de Socrate. Non, la vertu n'est pas une science, ni le vice une ignorance; mais comme, dans la première, est incluse une lumière pratique ; dans le second, l'absence de cette lumière, on peut, en regardant l'action sous cette face, appeler la vertu une certaine science [quasi quaedam scientia*) et le vice une certaine ignorance, à savoir une ignorance de choix (ignorantia electionis 2) ; mais ce n'est là ni une ignorance ni une science de raison pure. Pour parler plus précisément, on dira : « Un vouloir pervers accompagne toujours une certaine erreur de la connaissance pratique3 », comme un vouloir vertueux implique sa rectitude. Celui qui pèche sait bien que le péché est mauvais en soi; il sait qu'il est mauvais même par rapport aux circonstances, en tant que ces circonstances sont objet de la raison fonctionnant à part; mais, tout considéré, y compris lui et son attitude volontaire à l'égard du bien, il trouve bon de poser l'acte.
Le jugement qui entraîne tient donc sa force de la volonté qui est entraînée, comme la volonté tient sa lumière du jugement qu'elle-même détermine. Et il y a bien là un cercle vital, comme il y en a un entre l'aliment et le tissu qui le transforme pour se transformer lui-même; mais il n'y a pas cercle vicieux, parce que la causalité réciproque invoquée ne s'exerce point sous le même rapport. Le jugement de la raison pratique en un sens précède, en un sens suit le mouvement de l'appétit que nous disons libre. Il précède, en tant qu'incluant l'objet du choix et la valeur relative qui s'y montre. Il suit, en tant que le choix effectif, la décision suprême, celle qui fait valoir absolument, pour nous, ce qui ne valait, en soi, que relativement, est effet du vouloir. Enfin, en tant que le jugement est condition du vouloir éciairé qui passe à l'acte ; en tant qu'il est lumière immanente d'action, forme d'une matière active, âme d'un