Cf. supra, t. 1, 1. II, ch. m, M. b
2. La nécessité de cette restriction est évidente. L'homme, en tant qu'objet
ampleur, et, se tenant à cet objet, il peut opposer un empêchement à tout ce qui prétendrait l'entraîner vers un bien inégal à sa norme. 11 y a donc contingence, dans la nature, parce que tout agent naturel peut être empêché et lié; dans l'âme, parce qu'elle ne peut pas être liée.
Cette différence se rattache à une autre plus profonde encore. Si tout agent naturel peut être empêché, c'est que nul agent naturel n'égale, en détermination active, l'indétermination passive de la matière. Or, la sorte d'infinité que nous attribuons ainsi à la matière pure est relative à un genre : Y être mobile. On ne peut tirer de la matière que ce pour quoi elle est faite. Élément du devenir corporel, tel que la nature naturante Y a prévu, sa potentialité ne va pas au delà; son indétermination même est déterminée, si Ton peut ainsi dire, en tant que relative à une forme particulière de réalisation, hors de laquelle son pouvoir expire1. Il s'ensuit que, pour vaincre l'indétermination de la matière pure et supprimer la contingence naturelle, il suffirait d'un, agent fini, pourvu que l'activité de cet agent fût égale à l'infinité toute relative de la matière pure.
Au contraire, l'infini attribué au vouloir est relatif à tout l'être, puisqu'il enveloppe tout le bien, qui lui est identique, et il n'y a donc que l'être sans détermination, l'infini pur et simple qui, représenté dans l'âme, ou plutôt présent à elle (car l'infini ne peut pas être représenté 2) peut vaincre absolument toute résistance.
La dignité de l'être humain est ainsi affirmée, sans que soit mise en oubli la fragilité de sa nature. On n'ignore pas le poids de misère que le déterminisme ou les contingences physiques, que le déterminisme relatif auquel est soumise l'âme elle-même font peser sur nous tous; mais
de nature, tombe sous la loi de la contingence naturelle; mais en tant qu'être moral, il la domine.