‹ S. Thomas d'AquinChapitre 218 sur 256 · Cf. V fars, q. XII, art · texte numérisé non relu

Cf. V fars, q. XII, art

absolument parlant, nous sommes nos maîtres. Nous le sommes doublement, en ce que, d'abord, nous pouvons, en rigueur, la raison fonctionnant, surmonter toute influence; en ce qu'ensuite, par le moyen de l'action libre, nous pouvons librement nous construire. Cette nature nouvelle qu'est l'habitude1, l'acte libre la crée, et nous en devenons soit les bénéficiaires méritants, soit les libres esclaves. On peut ainsi travailler pour ou contre son libre arbitre; mais c'est avec son libre arbitre : libre arbitre relatif d'un côté, libre arbitre absolu de l'autre 2. Saint Thomas signerait volontiers, en ce sens-là, l'heureuse formule de Lequier : « Non pas devenir, mais faire, et, en faisant, se fairez. »

Si l'on entend de la même façon ce qu'on a appelé des commencements absolus, saint Thomas n'y est point opposé. Soit qu'il s'agisse de contingence naturelle, soit qu'il s'agisse de liberté, il accorde les commencements absolus, non pas en ce sens qu'il y aurait des effets sans cause ; mais en ce sens qu'il y a des effets sans cause propre, sans cause déterminée directement à les produire, et qui, par là, peuvent être ou ne pas être. Un effet de nature contingent sort de causes en soi déterminées; mais il en sort indéterminément , car ce n'est pas à lui que tendait leur détermination naturelle; il est un à-côté de l'action, et les à-côté de ce genre sont en nombre infini ; ni la raison ne peut les atteindre, ni l'intelligibilité immanente au monde ne les enveloppe. Seul l'Absolu divin les contient, en sa superintelligibilité, source de l'intelligibilité déficiente des choses4. De même, un effet de liberté sort, comme tel, de la volonté; mais il en sort parce qu'elle veut, et non point parce qu'elle est; et puisqu'elle veut dans cet acte même, et n'était point déterminée d'avance à vouloir ainsi, il y a

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