‹ S. Thomas d'AquinChapitre 22 sur 256 · In V Phys., lect. n · texte numérisé non relu

In V Phys., lect. n

LES PRINCIPES DE LA NATURE. 3i

de ce qui est en puissance, en tant précisément que tel.

À première vue, cette définition est obscure ; mais à y regarder de près, on verra « qu'il est tout à fait impossible d'en donner une différente ». Le mouvement, en effet, doit nécessairement appartenir au mêmegenre que ce qui se meut; d'autre part, toute chose doit se définir par des notions antérieures et plus claires. Or, il n'est d'antérieur aux catégories, en dehors de l'être et de ses équivalents transcendantaux, que la puissance et l'acte, premières différences de l'être. C'est donc par ces notions qu'on peut espérer définir le changement, dans la mesure où il est définissable1.

Il faut donc considérer qu'entre l'acte envisagé comme parfait — parfait, dis-je, dans son ordre et au degré que l'on considère — entre l'acte ainsi envisagé et la puissance relative à cet acte, il y a un intermédiaire. Les faits nous obligent à poser ces trois termes : Ce qui est seulement puissance ; ce qui est seulement acte ; ce qui n'est ni puissance pure ni acte parfait,, mais participe de l'un et de l'autre. Or, la place du mouvement s'indique ici d'ellemême. Ce qui est en puissance pure ne se meut pas; ce qui peut devenir, en tant qu'il peut devenir ne devient pas; le mouvement est nécessairement un acte. Par ailleurs, l'acte qu'on appellera mouvement ne peut pas être l'acte achevé où l'on conçoit que le mouvement se termine. Ce qui est achevé ne se fait plus. Reste que le mouvement soit un acte imparfait ; acte en tant que réalisant le pouvoir selon lequel le mobile était dit transmutable ; acte imparfait, en ce que, ne posant point cette réalisation dans son terme, il connote à l'égard de ce dernier un nouveau pouvoir3.

En approfondissant cette notion, on a tôt fait d'arriver à des mystères; mais comment le mystère ne serait-il point au cœur de ce tout premier phénomène, dont vit l'univers physique? Nous avons vu que l'idée de puissance nous est aussi impénétrable que nécessaire. La puissance

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