In III Phys.. loc cit
participe de l'être et n'est pas être ; elle tient du néant et n'est pas néant : elle nous fait voir que notre connaissance de l'être et de ses ressources est partielle. Or, s'il en est ainsi de la puissance, l'acte de la puissance en tant que telle, autrement dit l'exercice de la potentialité en vue de l'acte, ne peut qu'envelopper la même obscurité.
Ce n'est pas une raison pour rejeter ce qui nous passe.
Tel sujet qui peut être autre, niais qui ne le sera qu'à condition d'abord de le devenir, se trouve par là en puissance à deux choses : à un acte parfait qui sera terme du mouvement; à un acte imparfait qui sera proprement devenir. Ainsi, l'eau qui est à un certain degré de chaleur est en puissance à un autre ; elle est aussi en puissance à y parvenir. Quand elle s'échauffe, elle revêt un acte imparfait qui est le mouvement, mais qui n'est pas encore, comme tel, un acte d'être; car par lui, envisagé sous ce rapport, l'eau n'est pas chaude, elle le devient, et devenir, ce n'est pas être.
Toutefois, il faut se souvenir que le découpage opéré ainsi dans la réalité ne peut prétendre à l'exprimer toute, et qu'il pourrait facilement la fausser. Quand nous disons que l'acte imparfait qu'est le mouvement précède l'acte parfait et le procure, ce n'est pas à dire qu'à aucun moment assignable il y ait acquisition sans qu'il y ait déjà forme acquise. En raison de la continuité du mouvement et de l'indétermination que la divisibilité à l'infini y suppose, il est nécessaire de dire : Tout ce qui devient devenait, et donc possède déjà en partie ce qu'il cherche; de même, tout ce qui devient deviendra, et donc laisse place, après ce qu'il acquiert, à des acquisitions assignables. Tout moment du mouvement est à la fois un début et un terme. Quelque rapproché qu'on le suppose du point de départ, il en est infiniment loin, en ce qu'on peut assigner une infinité de moments intermédiaires qui marqueraient des acquisitions faites. Et de même, quelque rapproché qu'on le suppose du point d'arrivée, il en est infiniment loin encore, en ce
qu'on peut assigner, là aussi, une infinité de points intermédiaires qui marqueraient des acquisitions à faire avant le terme1. D'ailleurs, y a-t-il vraiment des points de départ et des points d'arrivée uniquement tels? Dans le flux perpétuel des choses, il serait vain de chercher du repos absolu; il n'y en aurait dans l'avenir que si devait s'arrêter le mouvement de la nature ; il n'y en eut dans le passé que si le temps est fini a parle ante 2. Entre ces deux extrêmes, s'ils existent, il n'y a de repos que relatifs; mais la pensée les fixe et les rend absolus pour son usage ; sans que, d'ailleurs, elle les déclare dogmatiquement absolus.
Etant donné donc que l'acte imparfait appelé mouvement implique, à tout instant assignable, un acte parfait qui est terme et point de départ, on est amené à se demander ce que peut bien dire à la pensée une réalité ainsi faite. Dès qu'on veut la fixer sous le regard, cette réalité fuit; ce qu'on en peut saisir est toujours autre chose qu'elle. Carie mouvement ne peut pas être uniquement le mobile même en chacun de ses états : le dynamique céderait alors la place au statique. Pourtant, rien autre que cela n'en parait saisissable, puisque dès qu'on désigne, ce qu'on désigne, c'est le mobile arrivé à tel point d'actualisation, et supposé partant de là pour en atteindre un autre. Le fluent comme tel ne peut pas être saisissable, étant devenir pur et non pas être. Pour l'exprimer eh termes statiques et en donner une idée qui se soutienne, c'est à la relation qu'on devra faire appel. On dira : Tel état du mobile en mouvement, en tant qu'il est lui-même, n'exprime que l'être, et non pas le changement d'être. En tant qu'on le regarde comme acquis par une évolution antérieure, c'est une arrivée ; en tant qu'il doit se muer en autre chose, c'est un départ. Mais en tant qu'il connote à la fois des acquisitions antérieures et ultérieures, et que cette double relation lui est attribuée sub ratione ana, c'est le mouvement même ; car,