‹ S. Thomas d'AquinChapitre 225 sur 256 · Critique de la Raison pure, trad. Tissot, t. II, p · texte numérisé non relu

Critique de la Raison pure, trad. Tissot, t. II, p

part dans le résultat, plus celui-ci sera volontaire ef, par conséquent, imputable ; plus les autres en auront, plus ce sera le contraire. Le péché de fragilité peut être grave ; mais, toutes choses égales d'ailleurs, il est très inférieur au péché de malice i. Notre malice est notre fait; notre fragilité non. Tout au moins, ce n'est pas notre fait à nous, individus. S'il s'agissait de la race, et qu'on parlât de péché originel, il y aurait entre saint Thomas et Kant des questions plus complexes; mais on ne serait plus en philosophie pure. Saint Thomas refuse, en philosophie, de faire remonter jusqu'à la volonté rationnelle, pour lui en faire assumer la responsabilité totale, ce qui est, au contraire, sa matière d'action, l'objet de son douloureux effort.

Enfin, en partant de son étrange théorie, Kant est bien embarrassé quand il s'agit d'expliquer finalement le mal moral. Il n'en peut placer l'origine dans le phénomène, où règne la pure nécessité, et il ne l'aperçoit pas davantage dans le noumène, qui semble voué au bien par nature. Tout ce qu'il consent à en dire, c'est que l'agent moral se donne à lui-même, dans l'absolu qui constitue un aspect de son être, le caractère moral d'où suivront nécessairement ses actions. Mais comment cette âme nouménale, dont la norme naturelle est le bien, s'engage pourtant dans le mal, c'est ce que Kant désespère à bon droit de comprendre.

Pour saint Thomas, la liberté du mal n'existe pas dans l'esprit pur. Si l'homme la possède, c'est qu'il est lié à la matière, qui crée la variabilité et la relativité de ses jugements2. L'ange veut toujours ce qu'il veut, et il veut toujours selon sa loi naturelle , qu'il lit intuitivement dans sa propre essence. Il n'a de liberté de choix que dans l'amplitude du bien, ou, alors, à l'égard du surnaturel, qui n'est pas ici en cause3. Cela est autrement logique que la position intenable de Kant.

1. Q. III, De Malo, art. il, corp. et ad Zm. 1. Compend. Theol., cap. clxxiv.

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