Cf. supra, E
En guise d'échappatoire, celui-ci écrit : « La difficulté n'est pas moindre de dire pourquoi ce mal, qui est notre œuvre, a corrompu en nous la norme suprême de l'action, que d'assigner la cause la plus reculée d'une propriété constitutive de notre nature. » Cette dernière assimilation donnerait à penser que pour expliquer l'origine du mal, il faudrait remonter, selon Kant, jusqu'à la constitution première des natures, et de là, peut-être, jusqu'à l'Inconditionné lui-même. Mais comment faire au Premier Principe cette injure? N'y aurait-il pas là une sorte de manichéisme Latent? Saint Thomas l'évite grâce au caractère transcendant de l'action qu'il attribue à la divinité relativement aux actes du libre arbitre * ; grâce aussi à l'équivalence affirmée de l'être et du bien. Ici, rien de pareil, et le problème reste insoluble.
En résumé, dans le système thomiste, trois influences concourent à expliquer le libre arbitre ; mais aucune ne l'opprime. Ni la matière, qui intervient dans la préparation de nos actes, n'impose le résultat ; mYidée, qui les règle, ne leur imprime leur détermination dernière ; ni le Transcendant, qui est présupposé à tout, présent à tout et actif en tout, ne supprime la contingence qu'au contraire il consacre.
Saint Thomas donne satisfaction à toutes les nécessités qu'imposent ces trois points de vue, et il échappe aux difficultés qu'ils proposent. Le mystère reste; mais il n'est pas donné à l'homme d'en scruter l'intime profondeur.