Cf. supra, 1. 1, 1. III, en. i
34 SAINT THOMAS d'aQUIN.
ainsi qualifié, il s'engage dans une suite; il fait partie d'un flot; l'intelligence qui l'en avait extrait pour connaître, l'y relance, et, bien que connu sous forme statique, il n'est plus supposé statique ; il est puissance en voie de réalisation, donc mélange de puissance et d'acte. Ou, si l'on veut, il est acte; mais acte d'une puissance qui demeure telle, et qui, sans s'épuiser comme puissance, s'actualise.
Or telle est bien l'idée à se faire du mouvement.
Le découpage que nous opérons ainsi pour connaître, et cette sorte d'arrêt que nous faisons subir au mobile pour le définir en termes statiques, cela, dis-je, se trouve nié en se posant; l'individualité que nous prêtons aux états du mouvement en vue de saisir ce dernier en quelque chose de lui qui soit saisissable, cette individualité se dissout dans le courant continu de l'être mobile. Nous savons que, dans le continu, il n'y a point de divisions actuelles; il y en a seulement en pouvoir. C'est ce pouvoir que l'esprit utilise pour saisir ce qui est, de soi, insaisissable. Mais le pouvoir que l'esprit utilise ainsi, le mobile, lui, ne l'utilise pas; il traverse l'étendue en tant qu'une, un lui-même, et ne subit donc pas des arrêts dont le nombre nécessairement infini, s'ils étaient donnés, au lieu de possibles, rendrait sa course vaine. Tous les sophismes de Zenon d'Elée sont renversés par là 4. Ils succombent à cette remarque que le découpage verbal et conceptuel qui nous sert à noter le devenir, à le vivre intellectuellement en ses étapes, n'est qu'un mode du connaître, et ne doit pas se transmuer en mode du connu.
Il faut pourtant aller plus loin. Si la puissance, toute réelle qu'elle soit en elle-même et comme telle, n'acquiert cependant de positivité que par l'acte, parce qu'en lui seulement elle se détermine, il faudra donc dire que cela seul est jamais à titre positif, dans le mouvement, qui est acte; la puissance que nous disons s'y mêler est un