Loc. cit
l'action humaine. 301
Sur ce point particulier, saint Thomas a raisonné à peu près comme Kant.
La différence consiste en ce que l'affirmation morale, fondamentale et exclusive chez l'homme de Kœnigsberg, se trouvait préparée, chez l'Aquinate, par une affirmation métaphysique. La pérennité de l'àme, établie d'abord l, était une base solide, qui facilitait singulièrement la conception d'une destinée ultime moralement suffisante.
Toujours est-il qu'au point de vue strictement moral, le procédé est le même ; procédé inspiré, sans nul doute, ici et là, par les influences chrétiennes, bien qu'il soit logiquement autonome2. Il consiste, ayant foi en la moralité et en ses postulats nécessaires ; constatant, par ailleurs, que la constitution actuelle de la vie ne permet pas l'épanouissement heureux de l'ordre moral, à se demander si les bornes de l'expérience sont bien celles de la vie humaine totale ; s'il n'y a pas lieu de porter ses regards sur des domaines élargis, grâce auxquels le mouvement d'ascension commencé ici pourrait se. poursuivre, la courbe vitale se refermer sur l'acte parfait, après être partie de la puissance pure.
La pensée grecque n'osa point se fixer dans une telle attitude. Platon s'y était essayé, en se raccrochant plus ou moins solidement à des mythes ou à des hypothèses que dédaigna le Philosophe. Voulant garder à ses écrits le caractère et les allures de la science, Aristote laissa dans l'ombre, au cours de Y Éthique, toute idée de survie, sauf celle, bien inutile ici, qu'Auguste Comte devait appeler « l'immortalité subjective3 ». Il s'ensuivit que les principes et les faits ne purent, chez lui, se rejoindre, et qu'à l'égard