‹ S. Thomas d'AquinChapitre 235 sur 256 · Cf. supra, 1. V, ch. iv, B · texte numérisé non relu

Cf. supra, 1. V, ch. iv, B

2. On sait que le christianisme refuse l'honneur que certains voudraient lui faire en lui attribuant exclusivement nos certitudes de survie morale. La thèse traditionnaliste, d'après laquelle la raison ne pourrait établir, par ellemême, cette survie, est condamnée par l'Église.

3. Cf. Arist., Ethic Nie, 1. I, c. xi; Apud S. Thomam, lect. xv, xvi et xvn.

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de la doctrine optimiste qui i'étudiait et de l'univers soidisant parfait où l'engageait la théorie, l'homme se révélait comme un « monstre ». N'importe, c'était une belle audace que de maintenir le sublime a priori impliqué dans la béatitude aristotélicienne, en face d'une réalité qui lui donnait de tels démentis. Le philosophe chrétien serait heureux, pour bâtir son temple, de trouver cette base cyclopéenne ; il s'y appuierait, et, sur le fondement grec, il poserait l'édifice gothique, sûr désormais que la flèche surnaturelle s'enracine solidement dans la terre.

On trouve partout, dans saint Thomas, des indications sur ce que devrait être, dans sa pensée, une béatitude purement naturelle. Celle qu'on voudrait trouver en cette vie est définie, sans plus, à la façon d'Aristote *. Il n'y ajoute aucun trait. Ne comptant point s'y tenir, il ne voit pas de raison pour venir laborieusement au secours des « philosophes », c'est-à-dire, dans sa pensée, des tenants d'une philosophie insuffisante.

En ce qui concerne l'au-delà, bien que la théologie intervienne sans cesse en ses déterminations, on démêle facilement ce qu'il prête à la raison pure. On le démêle d'autant mieux que la raison a ici son emploi théologique, attendu que « la grâce ne détruit pas la nature », et que le chrétien compte bien voir se réaliser, en l'autre vie, tous les postulats de la béatitude naturelle.

Ces postulats seraient à peu près ceux-ci. La béatitude étant l'acte complet de l'homme en tant qu'homme, et l'homme étant ce qu'il est principalement par l'intelligence, l'essentiel de notre aboutissement doit être intellectuel. Il consistera dans une connaissance de l'ordre universel et de ses « causes » (c'est-à-dire des intelligences séparées et de Dieu) capable de combler notre capacité

1. Cf. Q. Disp. de Anima, art. 16, corp. et ad lm; I» pars, q. LXII, art. 1; Ia I", q. III, art. 5; q. IV, ait. 5, 6, 7, 8.

l'action humaine. 303

naturelle de connaître *. Combler, dis-je, ce n'est pas le mot peut-être; car il y a ici une équivoque possible. Autreest la capacité réceptive de l'intelligence, autre est le pouvoir d'illumination qui aboutit au verbe mental. Mettez une grande idée dans une intelligence de faible lumière, elle y restera inactive, comme un trésor inutilisé. Or, ici-bas et à parler en général, les idées reçues par l'intelligence bumain e et le pouvoir d'utilisation qui les exploite se correspondent naturellement, puisque ce pouvoir d'utilisation n'est autre que l'intellect actif, d'où procèdent également les idées abstraites. Dans l'autre vie, l'abstraction n'ayant plus cours, et les idées nous venant des sources intelligibles où elles sont subsistantes, non incarnées 2, il deviendra possible que le pouvoir illuminateur qui, lui, ne change pas, ne corresponde plus aux richesses nouvellement conquises. D'où il suit que, mise en acte complet au point de vue passif, c'est-à-dire douée d'idées qui correspondent à tout ce qui est naturellement connàissable, l'àme séparée ne sera pas pour cela, à proprement parler, en acte parfait, puisque sa connaissance réellement vécue demeurera générale et confuse. Il restera donc une marge où pourra s'employer le surnaturel, en vue d'achever la nature même 3. On n'en dira pas moins que c'est là un achèvement, puisque cela réalise et dépasse ce que cherchait l'effort terrestre le plus ardent, et que la constitution de la « voie » ne permettait pas à l'homme « pèlerin » d'atteindre.

Comme d'ailleurs l'être intellectuel, bien que principal, n'est pas en nous tout l'homme, à cette béatitude intelligible, une autre, plus complexe, est appelée à se joindre. On en parle avec précautions ; car on n'a plus ici l'appui solide de tout à l'heure. On prouve l'immortalité de l'âme; on ne prouve pas celle du corps. Bien loin de là, l'évidence et le raisonnement combattent la permanence du conjoint.

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