‹ S. Thomas d'AquinChapitre 243 sur 256 · III C. Gentes, cap. cxltii, n · texte numérisé non relu

III C. Gentes, cap. cxltii, n

3. I* II", q. IV, art. 6; in 111 Sent., dis t. XXX, art. 5, ad lm.

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derata d'une morale à la fois ontologique et formelle. Pour le chrétien, le mérite, qui opère la jonction entre l'effort moral et l'aboutissement ontologique, n'est plus une sorte de réalité en l'air, un avoir dont toute la consistance est un doit. Ce serait suffisant, puisque ce doit repose en Dieu, qui est le « rémunérateur » infaillible et d'ailleurs immanent à l'âme. Mais, chrétiennement, le mérite trouve son principe et son succédané ontologique dans une .réalité positive entièrement immanente cette fois, qui est la grâce. Participation du divin en nous, la grâce est comme la graine des réalisations que l'effort moral uni à Dieu est appelé à produire. Et cette graine évolue sans cesse, suivant le progrès moral, et, tout en demeurant un germe caché, enveloppée dans le mystère de l'âme comme dans une terre obscure, elle promet une plante toujours plus riche, pour le jour où la « gloire future », qui est le règne des fins, sera « révélée en nous ». Ce sera alors une révélation; c'est dès maintenant une existence. Par la grâce, le mérite est; l'aboutissement moral est par lui, bien qu'il ne doive être en soi qu'après la vie individuelle d'une part et après la vie universelle de l'autre l.

La raison de ce retard est d'ailleurs donnée. C'est, pour l'individu, la nécessité de l'épreuve ; c'est, pour l'univers, la nécessité de laisser subsister un chantier d'âmes. Les hasards qui brisent l'harmonie actuelle entre le vouloir moral et le milieu qu'il travaille servent l'harmonie future en sollicitant l'effort et la lutte , en portant la victoire plus loin 2. D'un autre côté, cet univers commun à tous ne peut pas se prêter au règne des fins individuelles avant d'avoir achevé son travail. Le milieu mouvant où s'agite notre vie est employé à créer de futurs élus. Ils ne peuvent être créés qu'ainsi, puisque le principe du nombre, même dans l'ordre humain, c'est la matière 3. A cause de cela, notre

1. III Sent., dist. XVIII, q. I, art. 2; I1 II", q. CXIV, art. 3, ad 3".

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