Supplementum, q. LXXVII, art. I
2. III C. Gentes, cap. cxli; q. Disp. de Anima, art. 17, ad 3m.
318 SAINT THOMAS d'aQUIN.
c'est même ce qu'elle vaut qui nous donne à penser ce qu'en vaudront les transpositions transcendantes. Mais nous disons que le prix de la vie n'est pas tout en elle-même, et qu'il y est même fort peu, à moins que ce ne soit en espérance et en symbole.
Gomme d'autre part le mérite est acquis par le moyen d'une activité homogène à la fin dernière, et que celle-ci, à son tour, est homogène aux réalisations d'ici-bas, qu'elle porte seulement plus loin, on ne peut pas dire que nous décourageons l'action humaine. Promettre plus, ce n'est pas condamner le moins, quand le plus n'est promis qu'à condition de chercher le moins, j'entends par des voies raisonnables. L'éternité ne tue pas le temps; elle s'y amorce. Les pionniers del'éternel seront toujours les meilleurs ouvriers du présent.
A. d. — Les joies de V Idéal.
Pour finir, ayant établi la finalité ontologique de l'homme pour en tirer le principe moral, Aristote se trouvait tenu, avons-nous dit, de faire place, en sa doctrine, au sentir, autrement dit à la délectation, au contentement, dont très évidemment le bonheur ne saurait abstraire. Le plus souvent, dans les déterminations relatives au souverain bien de l'homme, on confond en une seule ces deux choses : le bien et le plaisir du bien , l'achèvement de l'être humain pleinement épanoui et le contentement qui en résulte; mais, le moment venu, il faut pourtant qu'on les distingue et qu'on note leurs rapports. « Dans le Xe livre de Y Ethique, dit saint Thomas, le Philosophe soulève cette question et la laisse irrésolue1 ». En effet, dans le passage auquel saint Thomas fait allusion, Aristote remet à plus tard de décider si la vie est ordonnée à la délectation ou la délectation à la vie2; mais nous avons pu tout à l'heure extraire d'autres