I. I1 II", q. IV, art. 2, ad lm
quelque chose, et que ce quelque chose est sa raison d'être r son principe spécifique, sa forme d'existence en tant que tel repos, tel plaisir '.
Nous sommes ainsi ramenés à la fameuse doctrine, si méconnue par Kant, de la spécificité des plaisirs, qui revêt en morale une importance si haute. Le plaisir suit l'opération et vaut ce qu'elle vaut, puisque c'est elle qui en détermine l'essence ontologique, et, par celle-ci, l'essence morale. Quand une action est bonne, le plaisir qu'on y trouve est bon, et dans le cas contraire, c'est le contraire 2. Or cette action, qui détermine ainsi le bien du plaisir, est donc elle-même un meilleur bien.
D'ailleurs, ne voyons-nous pas que la nature a établi les délectations en vue de procurer les opérations? Cela n'estil pas évident, vu la façon dont elle dose les premières selon l'importance des secondes? L'instinct animal, qui ne connaît pas cet ordre, ne peut pas s'y adapter; il ne peut que tomber dans cet heureux piège qui, par le moyen des délectations comme appât, le fait travailler pour un bien supérieur à elles. Mais la raison s'élève plus haut; concevant le bien en sa notion universelle, elle en perçoit aussi les différences et en peut graduer les valeurs3. Ce discernement établi, la rectitude consiste, pour elle, à ne pas renverser les termes; mais à se donner au bien et à le prendre pour fin dans la mesure où il est bien, c'est-à-dire à rechercher, premièrement, Yhonnête 4, qui est bien par soi et qui vaut par soi ; deuxièmement, le délectable, qui s'y attache, et qui est bien sous sa dépendance; troisième-