I* II", q. IV, art. 2, ad
4. Evidemment, l'honnête dont il est ici question n'est pas l'honnête de l'honnêteté morale, qui donnerait un cercle vicieux. Ce terme, tout à fait équivoque en français, meilleur en latin, et que d'ailleurs la tradition imposait à saint Thomas, a un sens purement ontologique. On le traduirait mieux, peutêtre, par le mot convenable. Ce qui convient à chaque être, à titre de fin ou de terme d'évolution, c'est son honestum. Ce sens a été défini quand on parlait du bien identique à l'être. Cf. supra, t. I, 1. I, cap. n, c.
SAINT THOMAS B'AQUIN. — T. n. 21
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ment, enfin, l'un et l'autre en leur unité, c'est-à-dire l'ordre ; car, ainsi qu'on l'a dit tant de fois, le bien de l'ordre est supérieur à tout bien particulier intégrant cet ordre i .
Il suit de là, tout d'abord, que Y hédonisme, ou morale du plaisir, est une déviation, puisque c'est un renversement des fins et des valeurs d'être ; puisque l'homme de cette doctrine, au lieu d'être content d'être quelqu'un ou quelque chose, d'avoir fait un travail, réalisé un bien, est content simplement d'être content, content de jouir, et que c'est là, pour lui, le dernier mot. Ce qui veut dire, évidemment, que son activité n'a pas d'objet; car jouir, ce n'est pas un objet, tout au moins à titre premier, c'est le repos dans un objet dont la valeur fait la valeur du repos même. Prendre ainsi comme objet premier le repos et la joie de l'appétit, en y subordonnant l'objet qui les procure, c'est abuser de ses facultés et en fausser le jeu naturel. Une faculté ne saurait avoir pour objet premier son acte propre. L'œil n'a pas pour objet premier le voir, mais la couleur ; car tout acte de voir est l'acte de voir quelque chose, et ce quelque chose sollicite la puissance antérieurement au voir lui-même. L'objet premier, c'est ce qui définit la puissance; or, comment veut-on qu'une puissance soit définie par son propre acte, cet acte n'ayant de caractéristique et d'espèce que par l'objet? L'objet propre de toute puissance appétitive, c'est donc tout d'abord un bien extérieur à elle. Son propre repos dans ce bien, la jouissance, ne peut être bonne, à ses yeux, comme elle l'est en effet, que de la bonté de ce premier objet, dont la jouissance est en quelque sorte le goût2.
Il suit de là, ultérieurement, que si l'hédonisme est une déviation, le désintéressement prétendu qui se donne au parfait en rejetant ou en dédaignant la joie qu'il procure, en est une autre. S'il est acquis que la joie est un bien,
t. I'pars, q. XV, art. 2.