Ia IIae, q. XXXIV, art. 3. cum comment. Cojet
l'action humaine. 325
■voir, et un autre si nous voulons à la morale proprement dite joindre la Politique, qui n'est, dans la pensée de saint Thomas, qu'une morale élargie, riche chez lui de déterminations puissantes et toujours actuelles. Nous ne pouvons nous engager présentement dans cette analyse. Contentonsnous de dire que si saint Thomas métaphysicien monte à des niveaux de pensée dont on a pu mesurer l'altitude, saint Thomas moraliste ne le cède en rien à son émule. D'aucuns ont prétendu qu'il lui est supérieur; Cajétan, qui s'y connaissait, se range à leur avis. Il est de fait qu'aux époques de plus gr;;nl discrédit de la scolastique, le traité des Lois, par exemple1, ou ceux de la Béatitude, des Passions, ou des Actes humains- furent toujours l'objet d'une admiration respectueuse. De son vivant, celui qui rencontra enmétaphysiquedc si acharnés contradicteurs vit sans cesse excepter du blâme les traités qui constituent sa morale particulière, telle la Secunda-Secundae, là où les préoccupations systématiques cèdent- la place au sens moral et à l'observation aiguë des réalités humaines.
Ce jugement, redressé d'un côté, est pleinement confirmé de l'autre par celui de la postérité chrétienne. Une décision morale de saint Thomas a plus de valeur encore, dans l'Église, qu'une décision de philosophie générale. On sait qu'elle pèse assez dans l'esprit des praticiens de la morale pour constituer ce qu'ils appellent opinion probable. Cette apothéose d'un homme, en des matières où l'homme doit compter moins qu'ailleurs, ne pourrait être qu'une aberration, si ce n'était la marque d'une supériorité qui, selon ses propres principes, doit joindre à la plus haute intelligence la plus riche valeur d'âme.
Pour saint Thomas, c'est la prudence qui est la plus rare vertu intellectuelle, et la prudence, quand elle joue tous ses rôles, inclut toutes les vertus3. S'il est ainsi, on ne voit