Loc. cit. Cf. In IV Phys., lect. vi
pas, non plus qu'un feu où l'on jette sans cesse des brassées nouvelles ne cesse d'être le même. En généralisant, on dira donc : « Les limites intérieures des corps naturels qui se contiennent les uns les autres sont le lieu; mais par comparaison, ordre, situation relativement à l'ensemble du ciel, qui est le contenant premier et le lieu de toutes choses l. »
On sent percer ici le sentiment de l'absolu, le désir de rattacher à un dernier anneau toutes les relations de la nature. Si l'on se demandait aujourd'hui ce qui peut remplacer pour nous ce Premier Ciel, dont le caractère ultime et fixe permettait de fournir une détermination fixe aussi, et non plus relative, du lieu, on devrait répondre : Rien de connu ; mais il va de soi que ce ne serait pas une condamnation de la thèse. 11 suffirait de corriger en ces termes la définition ci-dessus : Le lieu est la surface intérieure du corps contenant, envisagée selon sa position par rapport à un contenant suprême, s'il existe, ou par rapport à un contenant quelconque, pris comme point de départ. L'affirmation resterait ainsi dans le relatif, et, sous prétexte de fermer le cercle des relations, ne dépasserait pas l'expérience.
Notons d'ailleurs qu'au point de vue de saint Thomas, un grave motif portait à définir le lieu par relation avec la « Première Sphère ». Avec tousses contemporains, l'Aquinate se représentait l'univers comme un système clos, où tout mouvement, toute vie dépendent d'une influence unique. Cette influence était celle du Premier Ciel, au mouvement uniforme; avec, sous lui, d'autres orbes qui étaient comme des rouages seconds, sous le grand volant de la machine. Dès lors, être ceci ou cela, être affecté ainsi ou autrement, cela tenait avant tout, pour chaque corps, à sa position et à sa distance par rapport aux orbes célestes. D'où l'idée de lieu naturel, qui, déjà connue des Pythagoriciens, précisée par Aristote, persistera jusqu'à Descartes.