‹ S. Thomas d'AquinChapitre 29 sur 256 · In IV Phys., lecl. i, init · texte numérisé non relu

In IV Phys., lecl. i, init

d'Aristote; mais il la développe, l'éclaircit, et, en rappliquant aux mesures de durée que sa métaphysique et sa théologie présupposent, arrive à lui donner une forme arrêtée qu'elle n'avait point chez le Stagyrite.

Le point de départ est psychologique. Quand avons-nous la perception du temps? Lorsque soit au dehors, soit dans l'âme elle-même, nous percevons du mouvement. Inversement, lorsque nous percevons le mouvement, l'impression du temps l'accompagne. Or il est certain que le temps n'est pas le mouvement même. Car, premièrement, le mouvement n'appartient qu'à son propre mobile, et le temps est commun à tous les êtres de la nature. Ensuite, le mouvement a pour différences le rapide et le lent ; or que signifieraient ces mots appliqués au temps? La vélocité et la lenteur incluent le temps dans leur définition : ce serait donc un cercle vicieux que de dire le temps lent ou rapide. Reste donc que le temps soit quelque chose du mouvement et s'y rattache d'une façon quelconque. De quelle façon s'y rattache-t-il?

Puisque le temps est dit suivre au mouvement pour cette raison qu'ils sont perçus ensemble, on doit penser que cela sert de lien entre eux qui, étant connu dans le mouvement, entraîne la connaissance du temps. Or, en y regardant, on s'aperçoit que le temps est perçu lorsque est perçu, dans le mouvement, l'ordre d'antériorité et de postériorité qui résulte, en lui, des divisions de la grandeur qu'il traverse.

Il faut remarquer, en effet, que l'antérieur et le postérieur sont primitivement attributs de la quantité dimeWive, laquelle, impliquant position, implique par là un ordre d'extension de ses parties. Or, de l'étendue, l'antérieur et le postérieur passent au mouvement selon le lieu, puisque celui-ci étant l'acte de ce qui change de position selon le lieu, doit subir l'ordre d'extension que l'étendue affecte. Toutefois, l'ordre d'antériorité et de postériorité dans le mouvement est autre chose que le mouvement même. Le mouvement n'est, en soi, que l'acte d'une puissance en tant que telle ; s'il implique extension, et par là ordre de parties,

la cause en est dans la nature de la quantité. Étant donné celle-ci, le mouvement devient quantitatif aussi; l'antérieur et le postérieur s'identifient avec lui en tant que sujet, mais sa notion demeure distincte1. Il y a donc lieu de se demander si le temps suit au mouvement en tant que mouvement, ou au mouvement en tant qu'il implique cet ordre. Or, ici encore, l'analyse psychologique nous renseigne.

Nous percevons le temps lorsque nous distinguons dans le mouvement l'antérieur et le postérieur, l'ordre des positions successives du mobile. Et nous faisons cette distinction en nombrant, en découpant le contiuu dn mouvement pour y noter des termes distincts. Quand, en effet, nous prenons comme distincts delà continuité mobile deux de ses moments successifs auxquels nous appliquons le nombre, alors nous disons qu'il y a du temps, et c'est cela même qui est le temps. Si, au contraire, nous ne percevons qu'un moment du mouvement, sans le mettre en composition avec d'autres, soit que nous n'observions pas l'ordre d'antériorité et de postériorité qui s'y montre, soit que nous ne l'envisagions qu'à l'égard d'un moment unique, considéré comme commencement et comme terme, nous n'avons pas le sentiment du temps. C'est ce qui arrive à ceux qui s'absorbent dans une contemplation intense; c'est ce qui arrivait aux dormeurs fabuleux qui se réveillaient inconscients du temps écoulé, parce qu'ils liaient, dans leur conscience actuelle, le dernier instant de la veille et le premier instant du réveil.

On est ainsi amené à dire que si le temps suit au mouvement en tant précisément que celui-ci est nombre par l'âme, c'est donc que le temps est ce nombre même.

En conséquence, on définira le temps : Le nombre des états successifs du mouvement (numeriis motus secundum prius et posterius) .

Et qu'on ne dise pas : Cette définition est circulaire, pour cette raison que la succession qui y figure suppose déjà le

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