In IV Phys., lect. vu, n
temps : il n'en est rien. La succession dont on entend parler n'est pas la succession temporelle, c'est l'ordre des états du mouvement en tant que celui-ci dépend de la quantité et de ses positions coexistantes. Il n'y a donc pas cercle, mais simple dépendance de trois choses : premièrement l'ordre coexistant des positions quantitatives ; deuxièmement l'ordre des états du mouvement qui parcourt ces positions ; troisièmement l'ordre numéral réalisé dans l'âme par son adaptation à ces choses1.
Qu'on n'aille pas croire non plus que, quand on dit : Le temps est un nombre, on l'entende du nombre abstrait. Le nombre abstrait n'est pas le fruit de notre adaptation aux choses ; il naît d'un travail autonome de l'esprit, dans son effort pour retrouver les cadres généraux de l'être. Si le temps était un nombre abstrait, il s'ensuivrait, celuici s'appliquant à tout, que le nombre de quoi que ce soit serait le temps. Mais non, le temps est un nombre concret (mimeras nwneralus)\ ce n'est pas ce avec quoi l'on nombre, mais ce qui est nombre, de telle sorte que le nombre même que forment en nous, par leur succession observée, les états successifs du mouvement, c'est le temps.
Et il s'ensuit une conséquence des plus importantes, c'est que le mouvement étant continu, en raison de la quantité continue qu'il parcourt, le temps, nombre du mouvement quant à son essence, se trouve être cependant continu, de telle sorte qu'en le percevant, nous percevons non pas une succession d'unités sans intermédiaires, ainsi que serait un nombre d'objets; mais une continuité fluente, où le nombre est à l'état potentiel, tellement que nous pouvons l'y déterminer d'une façon qui ne dépend que de nousmêmes. Le mystère du continu un et multiple se retrouve là. Il devait s'y retrouver, puisque le temps est un calque vital du mouvement, calqué lui-même sur l'étendue inerte1-.