Arist., Phys., IV
2. In IV Phys., lect. xxin, n° ô;lSenl., dist. XIX, q. II, art. 1 ; q. V, art. 1, iniU
i6 SAINT THOMAS D AQUIN.
temps. Celui-ci n'a donc jamais ni nulle part d'existence. Cette objection ne porte plus contre qui a compris que la réalité de la durée en tant qu'elle est une étendue lui vient de l'âme. Il n'est pas nécessaire que le passé et l'avenir existent en soi pour que le temps existe : il suffit qu'ils existent en nous, puisque c'est là que règne le temps, aussi bien que le mouvement, en tant qu'ils impliquent étendue réelle. Quant au présent, qui est le temps même en ce qu'il a de réalité actuelle, comme le mobile est le mouvement même en ce qu'il a de réalité actuelle, il faut bien qu'il existe, sans quoi rien absolument n'existerait, ces trois choses tenant ensemble : mobile, état défini du mobile, mesure d'unité de cet état ea vue de former le nombre du temps. Seulement, ce présent, qui existe, n'est point partie du temps, et de plus, si on le juge en dehors de l'âme, il y garde à vrai dire l'unité qui donne l'être ; mais il n'est pas mesure d'un nombre; il n'est donc pas à proprement parler un présent, le présent étant ainsi appelé par allusion au passé et au futur qu'il connote1.
Il reste que le temps, comme le mouvement, implique à lafois conscience et être. La conscience, d'ailleurs, n'est-elle pas être aussi? En raison de l'unité du sujet et de l'objet dans la connaissance, l'âme fait partie de l'univers et l'univers connu partie de l'âme. L'objet et le sujet se partagent la réalité et en joignent les frontières. Une zone commune existe, et les difficultés des deux parts s'y accumulent. Ce qui nous fait connaître le mouvement, chose fuyante et confuse, c'est le mobile, chose actuelle et accessible. Ce qui nous fait saisir le temps, c'est le présent, pour une raison semblable2. Mais le présent comme tel, aussi bien que le mobile comme tel, enveloppent l'obscurité commune du mouvement et du temps, parce qu'ils sont mêlés d'âme.
1. In IV Phys., Icct. xxm, n° 5. Cf. lect. xvm. S. Augustin avait dit dans le même esprit : « Nihil esse aliud tempus quam distentionem ; sed cujus rei, nescio; etrnirum si non ipsius animae » (Confess., I, XI, c. xxvi).