‹ S. Thomas d'AquinChapitre 35 sur 256 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quelle mesure quantitative, finie ou infinie, attribuer à l'univers? L'idée d'un univers infini fut chère à beaucoup d'anciens philosophes1. Un de leurs motifs était le raisonnement suivant, célèbre dans les écoles : Tout ce qui est limité trouve sa limite en quelque chose. Si donc on montre un corps dont on dise : Il est fini, on en connote un autre auquel il se termine ; celui-ci en suppose un autre, et ainsi de suite, à moins qu'on ne s'arrête à un corps infini, de sorte qu'en tout cas l'infini corporel existe.

Une apparence imaginative venait d'ailleurs donner de la force à ce raisonnement, de soi assez faible. Rien n'arrête les suppositions de l'esprit ; au delà de toute dimension, on peut en supposer une autre ; au delà de tout espace, on conçoit un autre espace, comme au delà de tout nombre, un nombre. De là, à penser que la condition des choses est la même, il n'y a qu'un pas. Or, si au delà du ciel il y a ainsi une grandeur infinie d'espace, comment ne pas croire que des corps s'y rencontrent? Pourquoi y aurait-il des corps ici plutôt que là, dans l'espace sans bornes? L'hypothèse de Démocrite, qui rêvait de mondes en nombre infini, serait alors raisonnable.

A l'infini ainsi compris, Aristote opposait un veto formel,

Page 1