Cf. supra, t. I, 1. II, ch. in, q
s'élève aux activités générales dont elles et leurs effets se trouvent enveloppés, il pourra se faire que ce qui était dit accidentel sous le premier rapport ne le soit plus sous le second. Car d'abord, les rencontres qu'on disait tout à l'heure fortuites peuvent être réglées et contenues sous une loi d'ensemble. Ensuite, la débilité de l'agent, source de contingence pour les causes immédiates, n'a plus de sens lorsqu'il s'agit des agents tout premiers, dont l'indéfectibilité est à la base des changements de la nature. Enfin, la matière des actions que nous observons peut tenir ses dispositions d'activités précédentes, qui se rattachent toutes aux premiers mouvements nécessaires. Il semble donc que nos jugements de contingence ne soient jamais que des jugements provisoires, des vérités de point de vue ; mais qu'au regard de ce qu'on dit simplement vérité, il n'y ait plus de contingence.
Il faut cependant y réfléchir. D'abord, le cas du libre arbitre vient imposer à la nécessité universelle une première limitation. Le libre arbitre étant une puissance spirituelle, conditionnée à vrai dire, mais dominant ses conditions et pouvant donne.r lieu à des résultantes nouvelles1, il y aura de ce chef, dans le monde, des effets qui ne seront pas réductibles aux grandes causalités universelles. De plus, en dehors de ce cas, qui pourrait à bon droit être jugé insignifiant à l'égard de l'ensemble du monde, si nous venons à la constitution première de celui-ci, que voyonsnous? Les principes de la nature nous sont connus. Il y a la matière, passivité universelle présupposée à tout agent ; que nul ne peut atteindre en elle-même; que nul ne peut non plus dominer, enchaîner, toute forme qu'on y imprime laissant du large à la privation et à un infini de réalisations possibles. Il y a ensuite la forme, qui est en dépendance de Y agent et qui a raison de fin.
Mais comment comprend-on que l'activité descende, à partir des agents tout premiers, dans la passivité de la
Cf. infra, 1. VI, ch. ni.
matière? S'il y avait un agent suprême qui disposât de tout; si quelque activité universelle était cause : premièrement de la distinction des choses, matière comprise; deuxièmement, et par suite, de toutes les formes d'activité ou de passivité , alors, il n'y aurait pas de contingence ; tout serait déterminé dans ce premier; son action, étant totale, aurait un retentissement universel (telle la formule créatrice de Taine). A vrai dire, c'est là Dieu. Sa causalité à lai ne peut être empêchée par nulle intervention active ou passive, attendu qu'il donne tout, même ce qu'on prétendrait lui rendre antagoniste. De même donc que le mouvement n'empêche pas le moteur, mais le sert; de même que le résultat n'empêche point celui qui le donne, ainsi l'être sous une forme quelconque ne peut empêcher Dieu, qui donne l'être1. Toutefois, la contingence ou la nécessité de la nature ne peuvent être jugées d'après lui. Appeler contingent ce qui peut échapper à Dieu, ce serait appeler de ce nom quelque chose qui ne serait plus être. Le contingent et le nécessaire sont des différences de l'être : Dieu est transcendant à toute différence.
Or, lui ôté, il n'y a dans la nature nul agent qui domine entièrement son œuvre. Les plus élevés, pères des éléments, n'en ont pas moins à compter avec la flexibilité de la matière; celle-ci, actuée par une forme, est toujours en puissance à une autre, et prête à fuir sa première détermination. Il est bien vrai qu'elle ne change ainsi que sous une' influence nouvelle, de sorte que si cette influence dépendait entièrement du premier agent, on pourrait penser que celui-ci règle tout. Mais une telle dépendance n'est pas possible ; car l'action, en passant du premier agent au second, y revêt des conditions matérielles qui s'imposeront à toute manifestation ultérieure. La filiation supposée entre ces agents n'étant relative qu'à Yacte, la part qui revient à la puissance dans les réactions mutuelles