‹ S. Thomas d'AquinChapitre 43 sur 256 · In VI Met., lect. m, cire, med.; III C. Génies, c. xcit · texte numérisé non relu

In VI Met., lect. m, cire, med.; III C. Génies, c. xcit

des choses lui échappe, et cela suffît à la contingence. Il s'ensuit, en effet, que, même dans le cas le plus favorable, qui serait celui d'une action directe et exclusive de l'agent premier sur un corps que lui-même a constitué, il y a lieu de tenir compte des conditions de la matière, parce que celle-ci échappe pour une part à la domination de la forme que l'agent lui imprime, et que par suite, dans l'action envisagée, elle se constitue partiellement, à son égard, en cause indépendante. A fortiori les perturbations serontelles possibles si l'agent dit premier, au lieu d'agir immédiatement, s'allie à d'autres qui, à vrai dire, dépendent de lui quant à leur acte défini et connaissable ; mais qui impliquent aussi la matière, et qui apportent donc aussi à l'action un lot de conditions à inscrire au compte des pertes. Dans tous les cas, il y aura concours de causes actives ou passives relativement indépendantes, et c'est de là que naît le hasard.

Et il en sera à bien plus forte raison de même, s'il n'y a pas d'activité naturelle première; si la constitution de l'univers suppose une multiplicité primordiale, et, par suite, des séries causales pleinement indépendantes. C'est ainsi que dans la thèse émanatiste d'Avicenne , l'ordre de l'univers devant résulter d'activités sans lien, sans unité dans une intelligence et dans une volonté créatrices, on a dû appeler cet ordre un hasard2. Ainsi encore Démocrite disait que le monde actuel s'est construit par hasard, non pas qu'il en pût être autrement au total, attendu que la nécessité gouvernait à ses yeux toutes choses ; mais parce que la nécessité en question ne régissant en réalité que les atomes, ne réglant que leurs actions et réactions immédiates, les résultantes, quelque admirables qu'elles se révèlent après coup, étaient pour lui sans loi, n'étant recherchées comme telles par personne, n'ayant aucun agent qui leur corresponde, nul pouvoir défini par elles.

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