‹ S. Thomas d'AquinChapitre 52 sur 256 · P pars, q. CXVI · texte numérisé non relu

P pars, q. CXVI

lk SAINT THOMAS d'aQUIN.

donc prévisible, tout au moins dans la mesure de notre science, et davantage à mesure que celle-ci progressera. Mais puisqu'en raison de la matière, l'intelligibilité de l'univers n'est que relative ; puisque la contingence brise les mailles du destin ainsi compris {solvitur vmcidum), les sciences qui entendent le pénétrer : telle l'astrologie, seront toujours conjecturales1.

Aussi pourrait-on, en ce sens, définir le destin « une disposition immobile imprimée à des choses mobiles », et il en serait de lui, quant à l'événement, « comme du conseil d'un sage, dont les faits peuvent légitimement s'écarter, parce que des conseillers immédiats ont dû l'adapter à des circonstances nouvelles2 ».

Si l'on appelle fatum la série enchaînée des causes, comme l'entendirent les stoïciens, il faut dire qu'en ellemême, une telle série n'implique aucune nécessité rigoureuse ; mais seulement un ordre général du monde qui laisse place à la contingence. Les stoïciens ont eu le tort de croire que tout ce qui arrive a une cause définie et définissable, alors que le contingent comme tel n'en a point, mais qu'il se tient du côté de la matière, qui est un inconnaissable3. Ils ajoutaient, non moins à tort, qu'une cause étant posée, il est nécessaire que son effet suive. Cela n'est pas rigoureux; car il n'est nulle cause naturelle qui ne puisse être empêchée, aucune ne dominant toutes les conditious où tombe son acte. Et ce qui est vrai de chacune est vrai de toutes prises ensemble ; car même ainsi intégrées, elles n'épuisent pas le réel ; la matière, principe d'individuation, leur échappe pour une part, demeurant variable sous toutes les déterminations qu'elles y impriment. Dès lors, nulle certitude immanente au monde n'englobe tous les effets qui s'y produisent ; nul pronostic n'est sûr, même

1. De Fato, art. 2, 3 et 4; Fil (7. G entes, c. lxxxiv, in fine; lxxxv, in fine; cliv, med . ; Q. V, De Verit., art. 10, corp. et arg., 7 cum resp. 1" pars, q. CXV, art. 4, ad 3m.

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