Cf. supra, t. I, 1. II, ch. m, q
la cause de l'être, et n'y est pas mêlé; il est supérieur aux catégories, supérieur aux transcendantaux parmi lesquels le contingent et le nécessaire se rangent. Toute condition du réel est sous sa dépendance, sans qu'il y trouble rien de ce qu'au contraire il donne. Au contingent il a préparé les causes contingentes, au nécessaire les nécessaires. L'indétermination de la matière vient de lui; elle est déterminée pour lui; non qu'il la voie déterminée, ce qui serait une erreur; non qu'il la fasse déterminée, ce qui serait violer sa nature; mais en ce que l'indétermination qu'elle affecte n'affecte point sa science et ne limite point son pouvoir ; en ce que la part d'intelligibilité et de positivité qui lui manque n'est point un obstacle à qui domine ces différences : intelligible ou inintelligible, positif ou en pur devenir. Il n'y a qu'une chose que Dieu ne voie pas, que Dieu ne fasse pas, c'est ce qui n'est pas — encore voit-il et fait-il tout le possible, en tant qu'il est possible. Mais ce qui est, contingent ou non, libre ou non, en puissance ou en acte, c'est Dieu qui lui donne tout, en raison de quoi nous disons qu'il le contient et qu'il le juge ; qu'il le pense, cela ne fût-il point en soi pensable ; qu'il l'enveloppe de son intelligibilité transcendante et de son pouvoir, cela ne fûtil, en soi, ni intelligible ni matière possible d'action.
Et si l'on croit qu'il y a là une contradiction dans les termes, qu'on veuille bien se souvenir de la doctrine des noms divins, et de la nécessaire équivoque qu'ils contiennent1. Que Dieu pense l'impensable et qu'il pose le non positif, cela ne se pourrait point si ces mots appliqués à lui avaient le même sens qu'appliqués à nos objets. Mais leur sens n'est qu'analogique. La pensée de Dieu est supérieure à la pensée, et c'est pourquoi elle peut contenir ce que la nôtre trouve étranger à son ordre et inassimilable. La pensée humaine est fondée sur Y acte; ce qui est puissance lui échappe. Mais Dieu fonde la puissance et l'acte,