‹ S. Thomas d'AquinChapitre 55 sur 256 · Cf. supra, t. I, 1. II, ch. m, C. a · texte numérisé non relu

Cf. supra, t. I, 1. II, ch. m, C. a

et il contient en son essence super-intelligible soit l'intelligibilité de celui-ci, soit l'inintelligibilité de l'autre.

De même, Dieu, en créant le contingent, le détermine à être ; mais précisément parce qu'il est contingent, c'est à cela qu'il faut dire que Dieu le détermine. Il n'en devient donc pas nécessaire. Si l'on peut ainsi dire, Dieu le détermine à être indéterminé. Et ici encore, Y analogie sauve la contradiction apparente. La détermination créatrice étant relative à l'être en tant que tel, à l'être en sa plus haute généralité, n'y est pas elle-même comprise; elle n'est donc pas affectée par nos modes ; elle n'implique donc, de soi, ni nécessité ni contingence au sens humain de ces termes. Elle laisse ces différences à ce qu'elles sont, à savoir des différences du créé, incapables d'être troublées par l'action transcendante qui, au contraire, les pose.

Mais ces choses ont été dites. Tout ce qu'il faut ajouter ici, c'est que rien ne s'oppose, si l'on regarde ainsi en Dieu la nature, à ce qu'on dise : Un destin la domine ; ce qui est contingent relativement aux causes créées et par suite contingent tout co'urt', ne l'est plus, comparé à sa Cause nécessaire. Il en est comme de deux courriers qu'un commun maître envoie secrètement en un même lieu par des routes diverses. Quant à eux, leur rencontre est fortuite ; quanta lui, elle est ordonnée et voulue2. On sait maintenant jusqu'à quelle profondeur cet exemple porte.

C'est donc là le divin Destin. Seulement, c'est un destin qui n'en est pas un au sens antique, et c'est pourquoi les Pères de l'Église ont généralement repoussé ce terme3. C'est un destin qui n'enlève aucune destinée à elle-même ; c'est un fatum qui ne rend rien fatal. Ici encore il faut se reporter à la partielle équivoque des termes; je veux dire à Yanalogie, dont la notion domine toute science du divin, et, par suite, se retrouve au fond de tout.

1. P pars, q. XIV, art. 13, ad 3m; q. XVI, De Malo, art. 7, d. 15.

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