Q. XXIV, De Verit., art
2. I* pars, q. XVIII, art. 1, ad 2m ; Cf. supra, liv. IV, ch. i, B. a.
SAINT THOMAS d'AQUIN. — T. H. 6
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moyen, évolue et réalise, par uu travail dont elle est l'ouvrier, le plan qu'exprime sa nature. L'animal fait cela même et quelque chose de plus; car il connaît, et par là fournit au travail qui s'opère en lui et par lui des ressources incomparablement supérieures. Enfin, l'animal raisonnable que nous sommes ajoute à ce qu'il participe de la bête et de la plante la faculté déjuger ses fins, au lieu de seulement les atteindre sous l'impulsion de sa nature et des circonstances. Par là il domine ses objets, et, au lieu d'être simplement Y agent de ses destinées, comme la plante , ou d'en être l'arbitre inconscient, comme l'animal, il en aie libre arbitre, c'est-à-dire qu'il n'obéit fatalement qu'à sa nature foncière, et que, dans le domaine laissé aux ébats de cette nature, il peut choisir sa destinée au lieu de la subir.
Il est certain que celte idée générale de la vie n'a rien à craindre de l'expérience savante; elle pourra seulement s'y compléter et s'y préciser. Pour nous comme pour saint Thomas, l'être vivant est bien celui « qui se meut lui-même », c'est-à-dire qui a la propriété de parcourir un cycle de changements définis, par des moyens que détermine sa nature propre. Ce qui est dit des graves, bien que faux dans la forme de précision qu'on lui donne, est vrai relativement au problème présent, et l'opposition établie, au point de vue action, entre vivants et non vivants reste inattaquable.
Il n'y a plus à dire, après cela, comment, dans le système thomiste, devront, en général, s'expliquer la formation, la conservation et l'évolution générale du vivant. Faire de celui-ci, avec les anciens ou les nouveaux « naturalistes » le résultat d'un concours accidentel de forces ; un point de concentration fortuit et momentané d'activités générales sans lien, c'est ce qui n'est pas possible. La théorie des formes et celle de la finalité, qui lui est identique, s'y opposent. La nature est intelligible et réalise de l'intelligible; tout se fait, ici-bas, selon des plans; tout obéit, pour l'agir comme pour l'être, à des idées de réalisation, à des « idées directrices » immanentes.
. Dans le vivant, l'idée-forme s'appelle âme, et l'àme explique tout, en ce que c'est elle qui marque la direction que prendra l'évolution vitale, la façon dont sera utilisée la collaboration du milieu, les manifestations internes et externes qui devront s'ensuivre.
Est-ce à dire qu'un certain vitalisme, fils d'an spiritualisme excessif, et d'après lequel l'àme envisagée seule serait à proprement parler le moteur du corps, représente la vérité thomiste ? Aucunement, et c'est ici que des précisions sent nécessaires.
Pour le vitalisme, il y a, dans le vivant, une force vitale particulière, qui collabore avec les activités physico- chimiques, les enveloppe, les contraint, au besoin les contredit et leur résiste. D'où la définition de Bichat : « La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort », ce que Claude Bernard traduit : « La vie est l'ensemble des propriétés vitales qui résistent aux propriétés physiques. » Or l'expérience tend de plus en plus à établir que pas un des phénomènes de la vie organique, regardé de près et dans son essence particulière, n'est irréductible aux activités cosmiques. L'autonomie du mouvement extérieur n'est qu'une apparence grossière, qui se résout, à l'analyse, en phénomènes de désassimilation et d'actions mécaniques combinées. L'idée que l'âme soulève le bras et agite les jambes par une action propre est une idée de sauvage, pareille à celle qui faisait croire mues par un animal intérieur les premières locomotives entrevues aux pays barbares.
Quant à la nutrition, base de tout, il semble bien qu'elle ne soit, à titre exécutif, que le résultat de multiples combinaisons dont on aura prochainement la formule.
On dit : La cellule se nourrit et agit pour elle-même : donc il y a là une force spéciale. Conclusion excessive. « Pour elle-même » indique ici une finalité immanente, donc un principe immanent de cette finalité ; mais non pas une force executive spéciale. L'exécution s'explique ou pourra s'expliquer par les échanges d'actions physiques
et chimiques du milieu intérieur. Le succès de la méthode expérimentale appliquée aux vivants prouve, étant donné les moyens de cette méthode, que la vie a pour instruments exclusifs de son action les forces physico-chimiques.
Or, saint Thomas en est d'accord. A ses yeux, il y a dans tout individu vivant un principe substantiel qui en fait l'unité, la nature propre, et, par là, les propriétés et la loi évolutive. L'être ainsi constitué tendra par sa nature même à réaliser le cycle d'opérations que nous avons reconnu être la caractéristique de la vie ; mais ce par quoi il le réalisera, ce sont les qualités élémentaires dont le complexus spécial suit à la nature de ce mixte.
Qu'on se souvienne de la théorie générale du mixte4.
Un mixte est une synthèse de substances évanouies comme telles dans l'unité nouvelle constituée, mais qui subsistent v irtuellement, c'est-à-dire par la survivance, au sein de l'être nouveau, des propriétés de ses éléments, simplement « tempérées » par leur alliance, et orientées par la forme propre du mixte vers de nouvelles manifestations.
Cette théorie s'applique ici pleinement, et dans ses deux termes. L'âme n'est pas plus un moteur organisant par une action propre des éléments doués d'autonomie ontologique et fonctionnelle, que la forme du mixte n'est le moteur de soi-disant substances conservant en son sein une existence et une activité autonomes. Il y a unité réelle du vivant comme du mixte, et il y a multiplicité virtuelle du vivant comme du mixte. Tout, dans le vivant, est vital, même ce qui parait ne résulter que d'une action réciproque d'éléments laissés à eux-mêmes, et tout, dans le vivant, est le résultat de vertus élémentaires, même ce qu'on voudrait appeler exclusivement vital. L'être vivant, comme le composé chimique, est lui-même dans toutes ses parties ; l'esprit ne le résout pas en d'autres, mais en lui-même doué de dispositions diverses. Tout ce qu'il s'assimile lui est réellement assimilé,