‹ S. Thomas d'AquinChapitre 58 sur 256 · Cf. supra, 1. IV, ch. i, A · texte numérisé non relu

Cf. supra, 1. IV, ch. i, A

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et non pas seulement soumis. L'aliment subit un renouvellement intime qui atteint aux profondeurs de sa substance, jusqu'à la division de la matière et de la forme (nsgue ad materiam primam), c'est-à-dire qu'il perd toute détermination ontologique et fonctionnelle qui lui soit réellement propre, pour se laisser envelopper dans un être et un fonctionnement supérieurs. Mais ce fonctionnement utilisera les déterminations qualitatives laissées dans le mixte vivant par l'élaboration progressive de la matière, sous l'empire des précédentes formes.

Cette idée, si cohérente à l'ensemble du système, est en soi extrèmementprofonde,et,j'oseledire,extrèmementactuelle.

Les plus matérialistes d'une part, les cartésiens ou platoniciens attardés de l'autre y sont amenés malgré eux, tant l'évidence des faits contraint ceux que leur système de philosophie générale rendrait ici le plus hostiles.

Tout le monde en convient aujourd'hui plus ou moins explicitement, un composé chimique est une unilé dont les radicaux sont tout autre chose, une fois englobés dans cette unité, qu'ils ne seraient à l'état de substances libres. Bien plus évidemment encore, un organisme est une unité, une substance déterminée en soi, non une colonie de cellules ou d'atomes.

Hors de là, nul ne saurait tenter une explication quelque peu plausible de ce fait que le vivant peut s'assimiler son milieu pour premièrement se développer; deuxièmement réparer ses pertes, en se régénérant d'après les données d'un plan vital toujours identique; troisièmement se reproduire avec ses caractères spécifiques et selon les lois de l'hérédité1.

Or, de cette vérité saint Thomas a le sentiment profond. Il défend l'unité organique avec une vigueur inlassable contre les partisans de la pluralité des formes2. Il ne conçoit pas

1. Cf. Paul Vignox, Revue de philosophie, 1" juillet 1901; Le Dantec, Hérédité, p. 8, 17, 18.

2. Cf. Opusc. de Pluralitate formarum ; in II, De Anima, lect. i, med.

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qu'il puisse y avoir, en un même être, plusieurs idées de nature travaillant chacune pour son compte, sans unité immanente, sans harmonie. Ce serait là une anarchie, ce ne serait pas un être. L'être est avant tout idée, étant surtout forme, acte; la matière n'étant qu'une limite et comme un non-êlre mêlé à l'être. Il s'ensuit que toute substance où se fait voir l'unité d'idée, réalise l'unité d'être, et c'est donc que les éléments employés à la former perdent en lui leur autonomie ontologique. Us deviennent vivant dans le vivant, chien dans le chien, homme dans l'homme. Mais, par ailleurs, saint Thomas ne cesse d'affirmer que si les manifestations vitales sont orientées par la forme vivante vers un but préfixé par elle, en tant qu'idée immanente, elles sont réalisées par la collaboration des propriétés élémentaires que le milieu intérieur du vivant nous révèle, avec, pour condition, le concours actif et passif du milieu extérieur.

Pour lui, dans l'organisme, tout se passe chimiquement comme s'il n'y avait point d'âme, et tout se passe vitalement comme s'il n'y avait point de chimie. La forme du lit, dit-il, empruntant un exemple d'Àristote, n'est pas athibuable à la scie, mais à l'art; et cependant, c'est la scie qui exécute. De même, l'assimilation, qui est le tout de l'animal, est à titre exécutif le résultat des qualités élémentaires, en particulier de la chaleur, mais elle n'en est pas moins aitribuable à l'âme1. Celle-ci est l'art immanent qui oriente les opérations vitales ; ce n'est pas le mécanicien de Platon, ni l'esprit pur de Descartes, uni au corps on ne sait comment, pour opérer en commun avec lui un travail impossible à répartir.

Cette notion va d'ailleurs s'éclaircir par son application aux diverses phases de la vie animale, et tout d'abord à la génération.

1. In II, De Anima, lect. vin, in fine; q. XIV, De Veril., art. 5.

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a. la génération animale.

Nutrition et croissance.

Ceux qui pensent que l'âme organise par elle-même sa matière; qu'elle assimile, qu'elle répare et qu'elle meut, sont portés logiquement à faire remonter ce travail jusqu'au moment de la première assimilation, de la première motion, qui est la génération elle-même. De là l'idée que le semen organisateur, dès sa jonction avec une matière, est doué d'une âme, et que c'est cette âme qui fabrique le corps. Or rien n'est plus éloigné de la pensée thomiste.

Dans le semen organisateur (nous dirions aujourd'hui dans l'ovule fécondé), il n'y a aucune âme, mais la vertu d'une âme, c'est-à-dire un complexus de propriétés dont l'âme de l'engendrant a fourni la formule; qui représente donc l'espèce ; qui est « vertu de l'espèce » ; qui travaille pour son compte, et qui provoquera ainsi, de par l'âme initiale, l'éclosion d'une autre âme. Mais l'âme de l'engendré n'adviendra qu'avec la disposition ultime; car dans toute génération, la forme vient au bout de l'altération progressive qui lui donne sa matière propre. « Dans la génération, la forme n'a de causalité que par manière de fin. » C'est la « vertu de l'espèce » qui travaille dans le semen; mais cette vertu s'incarne en des pouvoirs élémentaires et n'a point par elle-même d'unité. C'est pourquoi, chacun des pouvoirs en question ne travaillant qu'à son œuvre propre, et leur collection n'ayant pas de principe immanent d'unité, on dit, selon la constante doctrine des formes, que ces pouvoirs, même collectivement pris, ne font point leur œuvre, mais l'œuvre de la substance d'où ils émanent, et, dans cette substance, l'œuvre de la forme, qui est raison intelligible, donc principe de toutes les finalités que poursuit l'être *.

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