‹ S. Thomas d'AquinChapitre 59 sur 256 · Q. III, De Pot., art · texte numérisé non relu

Q. III, De Pot., art

C'est par là que s'expliquent, selon Dotre auteur, les générations par fissiparité. Car, dit-il, le degré d'organisation de certains vivants est assez restreint pour que nul organe en particulier ne soit indispensable à la vie de l'être, ou incapable d'être régénéré par la vie laissée aux autres organes. L'idée vitale se trouvant manifestée au complet ou équivalent ment dans chacune des parties divisibles, séparer celles-ci, ce n'est point tuer, mais multiplier. L'âme, qui n'est autre chose que l'idée immanente de la vie, pourra donc passer de l'unité à la multiplicité, parce que, dès le début, en raison des conditions de son support, elle était multiple en puissance. Il en est, toute proportion gardée, comme du continu homogène, où la division multiplie numériquement la forme, l'idée de nature que représente celle-ci se trouvant réalisée désormais en plusieurs. En toutes choses, la division, si elle ne tue pas, multiplie1.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs de ce cas, il reste que dans le système thomiste, la fabrication du corps n'est nullement, à titre exécutif, l'œuvre de l'âme. Celle-ci, acte du corps organisé, ne peut subsister qu'en lui, et elle est, en lui, le terme de la génération, non son principe. Quant à l'âme de l'engendrant, elle répond du travail comme le chef répond de la bataille dont il a fourni le plan ; les soldats, c'est-à-dire, ici, les qualités des éléments mis en jeupar l'action génératrice, gardant l'honneur des réalisations et, par suite, la responsabilité du détail.

Que s'il en est ainsi de la génération proprement dite, il doit en être ainsi de la nutrition et de la croissance, qui sont aussi une génération d'un certain genre; car si le tissu vivant n'y est pas engendré directement et en soi, il est engendré dans le tissu préexistant qu'il régénère ou qu'il augmente (aggeneratur)2. De fait, saint Thomas explique la nutrition et la croissance par une vertu de l'espèce [virtus speciei convcrtcns)', mais cette vertu n'est

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