CHAPITRE II
Quand on jette un regard sur l'ensemble des êtres animés, on s'aperçoit qu'ils se répartissent en quatre groupes : Ceux qui se nourrissent seulement ; ceux qui se nourrissent et sentent; ceux qui se nourrissent, sentent et se meuvent selon le lieu; enfin ceux en qui la pensée se manifeste.
De la nutrition, nous n'avons plus rien à dire au point de vue de notre exposé sommaire; de la locomotion, moins encore. Restent la sensation et l'intellection. Mais puisque l'une et l'autre s'unissent dans la commune notion de connaissance, c'est celle-ci qu'il faut tout d'abord éclaircir.
L'idée la plus générale de la connaissance consiste dans l'extension d'un être au delà de lui-même, en vue de participer à la nature d'autrui et de la vivre. « Les connaissants se distinguent des non-connaissants en ce que ceux-ci n'ont que leur forme propre ; mais le connaissant est capable de participer à la forme d'une chose étrangère; d'où il suit que la nature du non-connaissant est plus limitée, plus restreinte; la nature des connaissants est plus ample, plus étendue ; c'est pourquoi Aristote a dit que l'âme est d'une certaine manière toutes choses *. » Dès le début, saint Thomas pose ainsi la question du connaître sur son véritable terrain, qui est celui de Y être. Mille équivoques s'introduisent dans les discussions relatives à ce problème, du fait de l'anthro-