‹ S. Thomas d'AquinChapitre 74 sur 256 · pars., q. XIV, arl · texte numérisé non relu

pars., q. XIV, arl

lOi SAINT THOMAS d'aQUIN.

sant son pouvoir d'idée : soit qu'il se trouve individualisé à outrance par la domination de la matière, soit que, au contraire, il enveloppe toute idée et ne puisse donc rien recevoir. Ce dernier cas est celui de Dieu, dont on a pu dire en un sens supérieur qui était déjà, selon nous, celui d'Aristote : Il ne connaît que soi1. Quant à l'autre hypothèse, elle nous aidera à comprendre comment les êtres inorganiques, ne possédant qu'un minimum d'acte, un minimum d'intelligibilité propre, n'arrivent pas à se procurer le luxe ontologique d'une participation à l'intelligibilité ambiante. Le mot de l'Évangile s'applique ici : Omni habenti dabitur ; ei autem qui non habet, et quod habet auferetur ab eo 2.

Par où l'on voit comment se retourne en louange le reproche adressé par quelques-uns à une conception qui, prétend-on, méconnaîtrait l'autonomie de la conscience, en l'identifiant au monde extérieur3. Est-ce méconnaître la conscience que de la mêler à son milieu et de la mettre en synthèse avec la nature? Nous sommes nature aussi, nous; par notre être sensible, d'où toute connaissance nous arrive, nous appartenons à cet océan qui, sous le vent des actions vitales, élève ses flots et y allume la sensation en aigrette lumineuse. Les formes naturelles sont donc chez elles, chez nous. Leur existence en double : au dehors, dans la matière; en nous, qui nous faisons matière pour les recevoir, n'a rien de tellement insolite. C'est en tout cas une nécessité qu'impose l'analyse. La critique adressée par Aristote à Platon, à savoir qu'avec les Idées il créait un double inutile de la nature, n'a plus cours ici; car l'être intentionnels double pas l'être naturel sans raison, et d'ailleurs, au point de vue où nous sommes présentement, l'un est aussi « naturel » que l'autre. Toute chose est créée deux fois, dit saint Augustin : une fois en elle-même, une fois

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