‹ S. Thomas d'AquinChapitre 8 sur 256 · Cf. l'opuscule apocryphe, De Natura materiae, c · texte numérisé non relu

Cf. l'opuscule apocryphe, De Natura materiae, c

la matière n'y sont point réalisées en acte, mais seulement en pouvoir, à quoi sert-il à Averroès d'en parler? Par ellemême, et en tant qu'elle est en puissance à la forme, la matière est aussi en puissance aux dimensions que donne la forme. Indivisible en soi, elle se divise selon les divisions de la quantité, qui est sa première disposition sous la forme, et c'est ainsi qu'elle est principe d'individuation1.

Que si la matière n'a pas d'étendue par elle-même, encore moins implique-t-elle le nombre, celui-ci ne prenant naissance, physiquement, que par la division de l'étendue. D'ailleurs, ce ne sera pas un motif pour la dire positivement une; d'elle-même, elle n'a pas plus d'unité qu'elle n'a d'être : ces deux choses s'accompagnent. Elle n'est donc, sous ce rapport, ni une ni multiple, mais pur pouvoir à l'égard de l'un et du multiple. Par le fait de la forme qui lui advient et de la quantité dont elle est la première racine, elle est amenée à une multiplicité dont nous pouvons constater la richesse; mais ce qui est au vrai multiple, dans la nature, ce sont les déterminations de la matière, ce n'est pas la matière même. Celle-ci, considérée seule, est privée de ce qui fait différer en nombre, et à cause de cela, elle est dite une en tout (una numéro in omnibus)2 .

Ce principe de l'unité de la matière en toutes choses est un de ceux qui manifestent le mieux le caractère extra-empirique que nous avons reconnu à l'hylémorphisme thomiste. La matière pure présentée ainsi comme hors l'espace, hors le nombre, par suite hors le mouvement et le temps, qu'est-ce autre chose qu'un noumène? On le définit par relation, à titre de postulat du donné, et, sous ce rapport, il est parfaitement caractérisé ; car la matière est dite puissance relativement à des modes de réalisation définis en nature, et définis aussi en nombre3. On ne peut pas tirer

Page 1