De Principiis nalurae, cire. med
3. I" pars, q. VII, art. 2, ad 3; q. LXVI. art. 2. ad 4m; II C. Gentes, c. xti, n°8.
14 SAINT THOMAS d'aQUIX.
de la matière quoi que ce soit, mais seulement ce pourquoi elle est faite. De même, relativement à la quantité, sa capacité est définie par ce qu'exige la constitution de l'univers physique1. Atout moment, les divers corps se partagent ce pouvoir, de telle sorte que si l'un d'eux périt, la quotité à lui attribuée devient disponible. Mais, entrant dans des combinaisons nouvelles, cette quotité de pouvoir demeure identique à elle-même; d'où la loi de proportions quantitatives qui préside aux échanges2.
Pour finir, la matière, étant donné le rôle qu'on lui attribue, ne peut être engendrée, et elle est aussi incorruptible.
Autrement, il faudrait, pour les mêmes raisons que ci-devant, supposer à la matière une autre matière. Or, que pourrait être celle-ci? Avant le pouvoir pur, il n'y a que le néant. La matière, en naissant, naîtrait donc du néant; en périssant, elle retournerait au néant, et le néant n'est ni un point de départ ni un terme d'action possible 3.
Qu'on n'aille pas en conclure que la matière n'est pas créée. Elle l'est, puisque la puissance et l'acte divisant l'être, la puissance substantielle, qui est puissance à être, doit donc, à ce titre, être rangée sous la grande accolade dont Dieu ferme les branches. Dieu en est donc cause ainsi que de tout. Mais il ne peut pas la créer seule; car un pouvoir ne peut pas se réaliser en soi : il lui faut un acte dont il pourra bien dépasser l'ampleur, de façon à rester encore sous la privation, mère de réalisations ultérieures, mais qui lui prêtera la solidité que le pur pouvoir n'a point par luimême. C'est la forme qui est l'acte requis, de sorte que dire : La matière est sans forme, c'est dire qu'un être sans acte est en acte, ce qui est contradictoire4.
Qu'on se souvienne que la matière, bien que distincte de la forme, est cependant incluse d'une certaine manière