‹ S. Thomas d'AquinChapitre 80 sur 256 · In I, De Anima, lect. xn. Octavam rationem · texte numérisé non relu

In I, De Anima, lect. xn. Octavam rationem

1 10 SAINT THOMAS d'aQUIX.

(propria ratio) n'est pas dans l'organisme1. Tout au plus peut-on dire, s'il s'agit delà sensation, que la raison propre en est dans le corps vivant, mais en tant qu'il est vivant par son âme.

Mais le matérialisme ne se soutenant pas, faut-il verser dans l'idéalisme? La doctrine du Cogito a orienté la pensée moderne vers une méthode qui fait des phénomènes de conscience le premier ou l'unique objet de l'investigation philosophique, tout le reste — si reste il y a — ne pouvant être conçu ou donné que par ou à travers ce premier objet. Cette attitude favorise infiniment, si elle ne les implique point, les conclusions idéalistes. Or l'attitude thomiste est toute contraire. Le point de départ est ici l'intuition objective. Le connaître est objet avant d'être sujet; le primwn cogiiitum, ce n'est pas le connaissant comme tel, c'est l'être. Pour la puissance pure que nous sommes au point de vue du connaître, connaître en acte, c'est devenir autrui, et comme nous ne sommes, pour nous, que par la connaissance, nous ne sommes, pour nous, que par autrui. C'est l'invasion du monde en nous qui nous éveille à nous. L'homme ne se connaît que dans l'acte de devenir autre : cognoscens in actu est cognitum in actn, de sorte que l'ordre vrai du connaître est celui-ci : Premièrement l'objet, deuxièmement l'acte, troisièmement la puissance d'où procède cet acte, quatrièmement, pour finir, le sujet2. On voit combien s'éloigne un tel point de vue des visées du subjectivisme. L'union synergique du connaissant et du connu fait que l'âme a conscience de l'un et de l'autre en son acte; mais du connu directement, de soi-même indirectement, entant que puissance de l'acte obtenu par la connaissance. La réalité de l'objet est donc ici donnée avant le moi : comment ensuite la méconnaître? Le fait premier doit être laissé à sa

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