CHAPITRE III
La connaissance sensible s'explique par une altération de l'organe, qui a pour corrélatif, dans la puissance correspondante de l'âme, un passage de cette puissance à l'acte de l'objet qui l'alfecte. L'organe, en effet, est au sens ce que le corps est à l'âme1, et puisque le corps, affecté, affecte Fàme, qui n est-pas autre, l'organe, affecté parle sensible, affecte le sens, qui n'est pas autre non plus, mais qui est son acte ontologique. Par ailleurs, le sensible extérieur ne peut agir sur l'organe que selon .ce qu'il est; il y aura donc dans le sens, c'est-à-dire dans le connaissant comme tel, selon l'un de ses pouvoirs, un reflet de ce sensible; la forme d'être réalisée dans l'objet sera vécue par le sujet; l'homme vivra le monde, qui entre en lui sous les espèces de l'action et lui devient partiellement identique.
On se rend compte que cette théorie laisse place à une large critique des sensations. De quelle façon précise le sens est-il mis en état de vivre le réel ; par quels intermédiaires passe l'action qui doit livrer l'objet au sujet, et quelle constitution prêter au milieu extérieur ou intérieur qui devra mettre en corrélation ces deux termes : c'est ce que saint Thomas n'a pu éclaircir autrement que ne le permettait, de son temps, l'état initial des sciences. Il faut distinguer, en ses thèses, ce qui est théorie philosophique et ce qui est expérience. Sous ce dernier rapport, il a dû s'en tenir à des